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DOMITIEN ET TRAJAN

En 81, au début du règne de Domitien, les Romains n'avaient pied, sur la rive droite du Rhin, que sur des territoires peu étendus, en bordure du réseau forestier. Toutefois, ils étaient solidement installés en face de Mayence, au confluent du Mein, point qui eut, de tout temps, une grande importance stratégique. Là, ainsi que sur les pentes du Taunus, les Mattiaques, fraction, devenue sédentaire, de la nation des Gattes, avaient élu domicile ; les Romains les tenaient en respect, occupant chez eux les Aquas Mattiacœ, aujourd'hui Wiesbade, protégé par le castellum bâti par Drusus, agrandi par Germanicus. Plus au nord, le long du Rhin, les Usipètes, les Bructères, les Chérusques avaient aussi accepté le protectorat romain ; enfin, les bouches du Rhin étaient sous l'œil des légions par les forteresses de la Lippe, de l'île des Bataves et des côtes frisonnes, point d'appui de la flottille chaque jour plus nombreuse, la classis Germanica, qui sillonnait ces parages et donnait la main à la classis Britannica de Boulogne.

C'est la Gaule surtout qui bénéficiait de l'organisation militaire du Rhin. C'est elle qui fournissait la majeure partie des légionnaires et qui ravitaillait les garnisons ; les vétérans gaulois, enfin, s'installaient après leur congé, dans les colonies rhénanes.

De l'Italie comme de Lyon, de Besançon, d'Augst ou de Windisch, de Langres, de Metz, de Reims, de Boulogne, de Trêves, d'incessants convois de marchandises s'acheminaient sur les routes, pour gagner les entrepôts et les comptoirs des rives du fleuve ; les légions avaient mission de protéger et de faire respecter les négociants. La batellerie marchande était considérable et il y avait des corporations de nautœ dans les ports du Rhin aussi bien que dans ceux du Rhône, de la Saône ou de la Seine.

Par les garnisons, les vétérans, les marchands, les artisans et l'ancien fonds gaulois, les Gallo-Romains formèrent et demeurèrent toujours l'élément essentiel de la population des grandes places d'armes du Rhin, Augst, Strasbourg, Spire, Worms, Mayence, Coblence, Andernach, Bonn, Cologne, Neuss, Xanten, Nimègue, Leyde.

Les voies pacifiques du commerce propagèrent l'influence gallo-romaine jusqu'aux contrées Scandinaves. De grandes quantités de monnaies romaines de l'époque républicaine et impériale ont été trouvées dans la presqu'île du Jutland et même en Suède. On y a recueilli aussi des vases de bronze et de verre, des armes, des bijoux, des ustensiles, des œuvres artistiques et industrielles de toute nature, qui sont de fabrication romaine ou gallo-romaine, identiques à celles des trouvailles des bords du Rhin. Ces découvertes qui se multiplient chaque jour, attestent que les ancêtres des Scandinaves étaient en communication constante, par l'intermédiaire des marchands, avec les centres les plus actifs de la civilisation romaine et gallo-romaine des bords du Rhin.

La plus importante des tribus germaniques, vers la fin du Ier siècle, était celle des Cattes, naguère encore alliée des Chérusques et qui groupait autour d'elle leurs anciens clients ; belliqueuse, chaque jour plus turbulente, elle se croyait en sécurité dans les montagnes boisées de la Hesse, si funestes aux Romains. Une expédition contre les Cattes était devenue nécessaire. En 83, Domitien l'entreprit et la poussa vigoureusement; il revint triompher à Rome et recevoir du Sénat le litre de Germanicus. Les monnaies qu'il fit frapper à cette occasion repré-

sentent la Germanie en pleurs assise sur un monceau d'armes barbares.

Mais les Gattes n'étaient point abattus ; ils avaient fui seulement. Les Romains partis, les bandes germaines sortirent de leurs forêts et recommencèrent leurs déprédations. Domitien fut obligé d'envoyer ses lieutenants, puis d'entreprendre luimême, dans les années suivantes, de nouvelles campagnes qui sont rappelées par les types monétaires et par les auteurs. Frontin nous informe que les légions s'emparèrent d'une partie du territoire des Gattes et que, pour empêcher de nouevlles incursions des Barbares, elles tracèrent à travers leurs champs et leurs forêts essartées, au nord-est de l'embouchure du Mein, un retranchement ou vallum, appuyé sur une muraille fortifiée d'une longueur de 120.000 pas (176 kilomètres). Ce fut la continuation du limes ou mur-frontière de l'empire romain, commencé antérieurement dès le temps de Tibère : on devait bientôt le prolonger jusqu'au Danube.

Chez les Barbares, au delà de l'Elbe et jusque sur l'Oder, la réputation des Romains et leurs conquêtes prenaient, on le devine, des proportions fabuleuses dans les récits des vaincus, transmis de bouche en bouche, de tribu à tribu. Cette lointaine et triste région était habitée notamment par les Semnons, dont la crédulité était proverbiale et qui se trouvaient, au temps de Domitien, sous l'influence absolue de la prophétesse Ganna, une héritière de Velléda. « C'était elle, dit Dion Cassius, qui depuis Velléda, rendait des oracles dans le pays des Celtes. » Un beau jour, Ganna et le roi des Semnons Masyos eurent la fantaisie de se rendre au camp romain pour demander à voir l'empereur. Domitien les accueillit avec honneur et bienveillance1.

L'empereur dut aller aussi, à plusieurs reprises, sur le Danube guerroyer contre les Daces et les Sarmates. Il venait de vaincre ces derniers, lorsqu'il apprit à Rome que le gouverneur de la Germanie supérieure, Lucius Antonius, avait levé l'étendard de la guerre civile, en prenant à sa solde une troupe de Baril. Dion Cassius, LXVII, ~>.

bares. La fonte subite des glaces provoqua sur le Rhin une débâcle qui empêcha les Germains de franchir le fleuve. Les troupes demeurées fidèles réprimèrent sans peine l'insurrection. Domitien qui n'avait pas encore quitté Rome aperçut, le jour du combat, un aigle qui vint envelopper sa statue en poussant des cris de joie; peu après, le bruit se répandit qu'Antonius avait été tué *.

A la fin du règne, les tribus germaines englobées dans l'Empire ou qui reconnaissent le protectorat romain sont: les Cattes, vers le confluent du Mein et dans l'Odenwald, les Usipètes sur la Nidda, au nord-est de Mayence, derrière le mont Taunus ; les Tubantes, dans la même région ; les Nicerences vers le confluent du Neckar ; les Novarii et les Casuarii, sur les confins de la forêt Hercynienne. La plupart sont des nouveaux venus qui remplacent ceux qui stationnaient dans les mêmes parages au temps de Drusus et de Germanicus. L'impossibilité pour eux de franchir le Rhin leur imposait, sur la rive droite, une stabilité forcée; le protectorat romain leur garantissait la sécurité contre les attaques des autres Germains. Au sud du Neckar, le long de la forêt Hercynienne, c'est-à-dire dans le Grand Duché de Bade et une portion de la Souabe, les puissants Marcomans étaient venus de la Bohême, réduire en servitude les populations d'origine celtique qui occupaient ce pays.

Les Romains chassèrent les Marcomans et les remplacèrent par des colons Gaulois et des vétérans des armées auxquels on distribua des champs, moyennant une redevance annuelle. Ges colons retrouvèrent là, sans nul doute, les restes des vieilles populations celtiques d'autrefois, Volques et Tectosages. Cette région dénommée « le désert helvétique », depuis que les Helvètes avaient franchi le Rhin pour s'installer en Suisse, fut appelée, à partir de cette époque, les Champs décumates (decumates agri) ; elle faisait partie du domaine de l'Etat romain. Au cœur du pays, à Rothweil, on éleva les arœ Flaviœ qui rappelaient l'autel de Rome et d'Auguste à Lyon ; le procurateur impérial fixa sa résidence à Sumeloccnna, aujourd'hui Rotten-

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