LA GAULE BELGIQUE ET LA GERMANIE. DÉMOGRAPHIE
Que sont, au point de vue ethnique, les Gaulois de l'Est, — les seuls dont nous nous occupons ici, — vers le temps de Tacite ou de Trajan, c'est-à-dire lorsque la domination romaine est bien installée, universellement respectée, bienfaisante, et que la limite de la civilisation est définitivement tracée?
La Gaule Belgique s'étend, à cette époque, depuis le pays des Séquanes, c'est-à-dire le Jura, jusqu'au delta du Rhin et de la Meuse. Ses éléments ethniques sont, d'après leur vieille ou récente origine, singulièrement bigarrés. Aux autochtones de race inconnue, se sont superposés, en dominateurs, mais non point en expulseurs, des Ligures, des Celtes ; puis, des Gaulois ou Gallo-Belges qui ne sont eux-mêmes qu'un rameau des Celtes ; des Germains de tribus multiples, venus par infiltrations ou invasions; enfin, des Romains, c'est-à-dire surtout des Italiens et des gens du midi de la Gaule, amenés par la conquête, soldats, vétérans, colons, fonctionnaires, marchands, propriétaires de domaines ruraux, artisans laborieux des villes et des bourgs. Ce sont ces derniers, les Gallo-Romains, qui s'imposant par leur culture plus avancée aux vieux éléments indigènes, aux Celtes et aux Germains, ont laissé dans ces contrées de l'Est, l'empreinte la plus profonde, les vestiges indéracinables de leur brillante et active civilisation.
C'est en vain que, chez certains de ces peuples, l'élément germanique a fini par avoir numériquement la prépondérance ; ce qui est bien démontré, c'est que les Germains, qui se sentaient d'un rang social inférieur, ne dominèrent nulle part en Gaule, durant les quatre premiers siècles de l'Empire. Ils n'ont rien laissé après eux, hormis le souvenir des déprédations qui accompagnèrent leur installation dans le pays.
L'élément social prépondérant et dirigeant fut toujours l'élément celto -gaulois, appuyé sur l'armée, l'administration, la culture romaines. L'ambition constante et avouée des Germains envahisseurs, fut de s'élever de leur niveau barbare et grossier à la classe la plus policée, de manière à s'y faire admettre et à s'absorber en elle. En deux générations tout au plus, ces Germains deviennent des semi-Galli, comme on les appelait, puis des Gallo-Romains. Le même phénomène se produit dans l'histoire grecque où nous voyons les barbares voisins des Hellènes, par exemple, les Macédoniens et les Épirotes, faire tous leurs efforts pour entrer dans la civilisation hellénique ; Philippe veut être considéré comme un Grec ; il tient à être admis dans les assemblées panhelléniques. La culture de la Grèce a séduit les Barbares.
Pour les Germains de la Gaule Belgique, la preuve de cette transformation recherchée parait, comme nous le verrons, jusque dans les noms gaulois ou romains qu'ils prennent à la place de leurs noms germains répudiés. "A toutes les époques de l'histoire, la Gaule a été comme le pôle d'attraction des Germains, la Terre promise. Ils sont fascinés par le prestige gallo-romain, par la richesse de notre pays. Un contemporain, Josèphe, ne s'écrie-t-il pas : « En Gaule, les sources de la richesse sortent du pays lui même et se répandent sur toute la terre1. »
L'admiration du Germain, bien qu'empoisonnée, comme aujourd'hui encore, par la basse envie, avait quelque chose de naïf comme l'extase d'un enfant devant un bel uniforme. Un jour que l'armée de Tibère était campée non loin du cours de l'Elbe, raconte Velleius Paterculus, les Romains voient tout à coup venir