‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 122 sur 211 · Mommsiîm, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Mommsiîm, loc. cit., p

dans les villes, ou bien on les enrôlait dans l'armée à titre auxiliaire. Gomme au temps d'Arioviste et des Suèves, lorsqu'ils se présentaient trop nombreux, par bandes, par masses, enhardis par leur nombre, ils devenaient arrogants, insolents, autant qu'ils étaient humbles et obséquieux quand ils n'étaient pas en force. Un conflit s'élevait, une guerre même. Ils prenaient tout ou partie des terres de la population gauloise; ils s'installaient en maîtres et en dominateurs, mais ils n'expulsaient pas les anciens habitants : il arriva bien rarement que les Gaulois devenus sédentaires depuis longtemps, fussent contraints de s'expatrier et d'aller au loin chercher un refuge et une autre patrie.

L'élément celto-gaulois n'a jamais été expulsé de la Gaule Belgique par les invasions d'outre'-Rhin. Il est demeuré à la base de la société gallo-romaine dans cette région comme dans la Gaule Celtique : c'est lui qui a absorbé les Germains. Sous l'Empire, les Germains admis de gré ou de force à occuper des terres en Gaule, loin d'avoir germanisé notre pays, n'eurent rien de plus pressé que de se faire Gallo-Romains. Ils ne sont pas plus restés Germains en Gaule que les Geltibères, en Espagne, ne sont demeurés des Gaulois. Ces peuples germains ne reculent nullement les frontières de la Germanie ; ils ne font qu'augmenter la population gallo-romaine de la Gaule.

Leur assimilation n'a été si parfaite que parce que leur installation en Gaule, dans un nouvel habitat, fut pour eux une amélioration, un progrès, un véritable bonheur, et aussi parce qu'elle a eu lieu par intermittence, graduellement, disons par petits paquets. Les terres assignées à ces Germains formaient des enclaves, des villages ou portions de villages, des cantons disséminés au milieu de la population gauloise et souvent fort éloignés les uns des autres. Les preuves que le peuplement de la Gaule romaine s'est complété de cette façon, à travers les siècles, ressortira en toute évidence des faits que nous exposerons plus loin. Il n'en sera plus tout à fait de même au ve siècle, où le flot germanique envahisseur sera si puissant, si formidable qu'il submergera et dénaturera, malgré lui-même, la société gallo-romaine.

A côté de ces installations régulières, il y avait en Gaule des

multitudes de pauvres hères qui passaient le Rhin individuellement, des gens sans aveu, que César appelle gentes et perditil7 rôdeurs et cheminots qui vivent dans les forêts, cherchent un abri autour des villas, et qu'on emploie, par occasion, à l'exploitation agricole ou aux plus bas métiers de l'esclavage.

C'est de la fusion de tous ces éléments ethniques que s'est formée la civilisation gallo-romaine et la race qui habite notre pays. Aujourd'hui, l'anthropologie serait aussi impuissante à débrouiller l'ethnogénie de la race française que les origines ethniques des Germains : on l'a vu plus haut. Les observateurs sont contraints de se borner, sous ce rapport, à des indications superficielles, générales, comme celles qui nous font distinguer un Méridional d'un Flamand ou d'un Breton. Mais ces différences tiennent plutôt à l'habitat, au climat, au langage, au milieu, au genre de vie et aux occupations, à des circonstances historiques, au niveau moral, qu'à des particularités ethniques survivantes et encore reconnaissables.

De même, à la fin des temps antiques, à l'époque de Grégoire de Tours, par exemple, s'il était encore possible de distinguer à la physionomie ou à l'aspect extérieur d'un individu, à quel peuple il appartenait, s'il était Gallo-Romain, Franc, Burgonde ou Visigoth, cette distinction se manifestait moins par l'aspect physique que par la différence des mœurs, du langage, des institutions, du costume, du groupement social, de l'inscription sur des rôles officiels. Et encore, il est à noter que si Grégoire de Tours distingue les Barbares entre eux et les Gallo-Romains, il ne s'agit que des Barbares récemment installés en Gaule, les nouveaux arrivés, car il eût été impossible à Grégoire de différencier ethniquement les peuples qui s'étaient fixés en Gaule, deux, cinq ou dix siècles avant lui. La fusion, la pénétration réciproque s'était opérée depuis longtemps -.ceux-là étaient proprement les Gallo- Romains opposés aux Francs, Burgondes, Visigoths et autres conquérants du jour.

Au point de vue physiologique, avons-nous dit plus haut avec les anthropologues, rien ne distingue le type gaulois du type

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