Cerna, Bell. Uall.,lU
LA GAULE RHENANE HUMANISEE 281
germain. A plus forte raison ne saurait-il exister une différence, sous ce rapport, entre les Germains de la rive droite et ceux qui, tout le long de la chaîne des siècles, sont venus, sur la rive gauche, se fondre dans les Gaulois, puis dans les Gallo-Romains. Mais il en est tout autrement au point de vue social et pour tout ce qui touche aux mœurs, aux usages, aux institutions, à la langue, à la religion, aux arts, aux productions industrielles. Le Rhin sépare deux mondes. Comme au temps de Jules César, le Germain transrhénan de Tacite reste un non-civilisé . L'isolement farouche des tribus et leur instabilité atavique les maintiennent dans la barbarie de leur habitat ; elles n'en sortent, les unes après les autres, que lorsqu'elles s'installent en Gaule.
Les Germains en Germanie vivent sur eux-mêmes, hostiles à l'étranger quel qu'il soit, rebelles surtout à l'alliance par le sang ; ce sont eux que les civilisés appellent les immanissimae gentes. « Les peuples de la Germanie, dit Tacite, n'ont point été altérés par des mariages avec aucun autre peuple ; c'est une race indigène, qui se renouvelle d'elle-même et ne ressemble qu'à soi. C'est ce que prouve la parfaite analogie de conformation entre tous les individus de cette race, quoique si nombreuse, leurs yeux bleus et farouches, leurs cheveux d'un blond ardent, leurs grands corps, capables seulement d'un premier élan, mais incapables de fatigue et de travail, ne supportant ni la soif, ni la chaleur, mais résistant au froid et à la faim, par l'habitude du climat ou du sol1. » Tertullien remarque que les Germains ont de longs cheveux nattés comme les nomades2.
« La Germanie, dit encore Tacite, est une région aux contours mal définis, au ciel âpre, à l'aspect triste et inculte. Les Germains chantent dans des vers antiques, qui sont leurs seules traditions et leurs annales, le dieu Tuiston, fils de la Terre, et son fils Mann ; tels sont les fondateurs de leur nation. Ils donnent à Mann trois fils, les ancêtres des trois branches de leur race, qui s'appellent les Ingœvons, fixés sur les bords de l'Océan, les Herminons, au centre, et les Istœvons dans le reste