‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 125 sur 211 · Pline, Hist. nat., IV · texte numérisé non relu

Pline, Hist. nat., IV

n'en trouve que 21 de ceux que Tacite a connus, bien qu'il n'y ait qu'un demi-siècle de distance entre Tacite et Ptolémée. Citons pourtant, sous ces réserves, vers le début du 11e siècle :

Les Hermondures, peut-être fraction importante détachée des Suèves, qui occupent le bassin de la Saale et les confins de la forêt Hercynienne jusqu'aux Champs décumates ;

Les Marcomans que Marbod, leur roi, conduisit dans la Bohême où ils subjuguèrent les Boïens et les autres populations celtiques ;

Les Quades qui se fixèrent en Moravie, au nord de la grande station commerciale de Carnuntum ; les Narisciens, les Marsigniens, les Buriens, dans les monts de Bohême; les Vendes, les Ligiens, en Silésie et en Pologne, voisins des Bastarnes et des Sarmates ;

Les Guttons et les Gothons sur la Yistule ; les Naharvales ; les grandes tribus des Suèves Semnons, dans le Brandebourg, entre l'Elbe et l'Oder; les Suions; les Teutons, résidu de la grande migration arrêtée par Marius ; les Silinges; les Lemovii, les Angles, les Viruns, les Sidins ;

Les Longobards, entre le Weser et l'Elbe; les Burgondes, leurs voisins de l'Est; les Rugiens, les Hérules, les Turons, les Ambrons, dans le bassin de l'Ems et du Weser et jusque sur le Rhin; les Cattes, dans la Hesse ; les Mattiaques sur les pentes du Taunus ;

Les Chérusques, les Usipètes, les Tenctères, les Tubantes, les Chamaves, les Ampsivariens, les Bructères, les Angrivariens, les Sicambres, les Gambriviens, les Marses, sur la Sieg, la Ruhr et la Lippe; ces derniers disparaissent de l'histoire à la suite de l'expédition de Germanicus ;

Les Frisons, à l'est de l'embouchure du Rhin; les Chauques, entre l'Ems et l'Elbe; les Saxons, entre l'Elbe et l'Eider, dans le Holstein ; les Goths dans la Scandinavie.

Ce serait une entreprise chimérique de chercher à grouper ces peuples' suivants leurs origines et leurs affinités ethniques, les populations de la Germanie n'étant qu'une juxtaposition inconsistante de tribus instables et rivales. Cette dissémination leur est imposée par la nature même du sol de la Germanie, « sol,

remarque César, qui ne saurait être comparé à celui de la Gaule, non plus que la manière de vivre des deux nations ' » .

Les forêts et les marécages les tenaient à distance les unes des autres, comme les tribus sauvages de l'Amérique. Tacite aussi signale le particularisme ombrageux des Germains qui ne sont point mêlés aux autres peuples {minime aliarum gentiiun adventibus et Jiospiliis mixtos). A l'exception de certaines tribus voisirïes du Rhin et celles de la Bavière qui cultivaient leurs champs comme la population celtique de ces régions, les Germains continuaient leur vie de hasard et de paresse, à la lisière de leurs forêts ou autour de leurs lacs et de leurs tourbières. Les routes de l'ambre seules, jalonnées de stations celtiques, sillonnaient leur pays.

Nous l'avons déjà maintes fois constaté et la suite de notre exposé historique en fournira de nouvelles preuves, tant que les Germains demeurent en Germanie, leurs forêts sont leur sécurité. Ils y sont chez eux, à l'abri de tout danger d'incursions de la part des civilisés. Il n'ont aucune ville, à peine des camps de refuge, fortifiés par des levés de terre et des fourrés épineux ; ils ne connaissent pas la propriété foncière individuelle. Ils sont insaisissables. Mais les marécages sur lesquels s'appesantit un perpétuel brouillard, sont lieux de pestilence ; les populations qui y séjournent trop longtemps, y mènent une existence de fiévreux et de décharnés, en proie à des myriades d'insectes propagateurs des fièvres paludéennes : cette vie forestière est incompatible avec le développement de la civilisation.

Aussi, dans ce pays où les aventures de son existence errante l'obligent parfois à trop séjourner, le Germain se trouve mal à l'aise. Il veut en sortir, il tend vers l'occident; il se déplace incessamment; il veut franchir le Rhin. A un siècle de distance on est étonné de ne plus retrouver les mêmes peuples dans la région où ils avaient fait, un beau jour, parler d'eux par leurs rapines. Ils disparaissent à l'horizon comme les nuages, constituent parfois avec d'autres, un nouvel assemblage hétéroclite qui s'en va tenter la fortune du pillage sur un autre point de ta

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