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César, Bell. Gall., VI

Le latin s'introduisit en Gaule bien avant la conquête de Jules César, surtout dans le midi où il fit concurrence au grec de Marseille, dès l'établissement de la province romaine et la fondation de Narbonne, en 118 av. J.-C. L'usage du latin remonta graduellement la vallée du Rhône où il était la langue du commerce. Au cours de ses campagnes en Belgique, César dit qu'il écrivit à son lieutenant une lettre en grec, afin qu'elle ne put être comprise des Nerviens si elle venait à tomber entre leurs mains ; le latin était donc connu déjà des Gaulois instruits, même dans le nord de la Belgique. Cependant, l'histoire d'Arioviste est là pour attester qu'à son époque, les Séquanes et les Éduens employaient encore le gaulois comme langue officielle.

Avec l'installation de la conquête romaine, le latin devint en Gaule la langue noble, la langue de l'administration et des affaires, celle des tribunaux, des citoyens éclairés, des classes aisées dans les campagnes, de presque tout le monde dans les centres urbains. Dans les écoles on n'enseignait aux enfants que le latin ; les armées n'avaient que le latin pour langue officielle, de même que les temples et le forum.

Les Gaulois instruits abandonnèrent graduellement leur propre langue pour adopter le latin, plus clair, plus facile, plus distingué. Le latin devint ainsi le parler élégant dans la région rhénane comme dans le reste de la Gaule, mais le gaulois resta le parler populaire de la campagne, de la plebs rustica, comme le germanique dans certains cantons retirés et isolés. Les Gaulois, sous l'empire, finirent par n'écrire qu'en latin ; de même qu'aujourd'hui, dans nos villages les plus arriérés, on s'efforce d'écrire en français et non en patois. Un paysan qui parle patois, s'il essaye d'écrire en patois ne fait que provoquer les rires universels de son village. Réfléchissez à ce fait journalier et vous comprendrez pourquoi les parlers ou jargons germaniques n'ont point été écrits dans l'antiquité.

Dans la région rhénane, sur les bords même du Mein et du Neckar,on grava des textes publics en latin, dès que la domination romaine s'y établit; ils y sont aussi nombreux que dans le reste de la Gaule. Toutes les inscriptions sont en latin, généralement sur marbre ou sur pierre : épitaphes funéraires, bornes

des routes, dédicaces de monuments publics, autels ou exvotos; marques de fabrique de potiers ou de verriers, d'ustensiles de bronze. Jusque sur ces produits vulgaires de l'industrie privée, la langue est, à quelques exceptions près, le latin qui s'est substitué au gaulois. Parler et écrire en latin, dans les deux provinces romaines de Germanie comme dans le reste de la Gaule, c'est le signe d'une bonne éducation; le latin est « le beau langage » ; le gaulois et, à plus forte raison, le jargon des Germains illettrés, sont relégués au rang de patois, d'argot de cuisine ou d'écurie. Par là encore, on voit comment le Gaulois ou le Germain gallicisé se fait un point d'honneur d'entrer dans la culture romaine. Aussi, de même que les noms propres gaulois disparaissent à peu près complètement dès le second ou le troisième siècle, la langue gauloise elle-même est évincée ; il n'y a plus d'inscriptions gauloises ; seuls, des mots gaulois ont réussi à s'introduire dans le latin sous une forme latinisée.

Mais dans le peuple des campagnes, la langue gauloise fut plus tenace ; nous avons des preuves positives qu'elle persista au moins jusqu'à la fin des temps antiques, sinon plus tard. Saint Irénée, prêtre à Lyon, vers la fin du 11e siècle, voulant évangéliser le peuple des campagnes, dit qu'il vit au milieu des Celtes et qu'il est obligé de parler gaulois. Une druidesse prédit en gaulois la mort de l'empereur Sévère Alexandre l. Les formules notariées sont encore en gaulois au 111e siècle ; le fameux calendrier de Goligny, gravé sur bronze et bien d'autres monuments, nous attestent que le gaulois resta la langue des usages locaux pour le comput des jours, pour les poids et mesures, les pratiques populaires des foires et marchés, les cultes des sanctuaires ruraux. A Trêves, on parlait encore gaulois du temps de saint Jérôme qui vécut tour à tour au milieu des Trévires et à Ancyre, chez les Galates d'Asie-mineure : les uns et les autres, nous dit-il, parlent la même langue2. Et cependant, nous avons vu que les Trévires, jadis, se disaient d'origine germanique.

L'invasion germanique, à travers tous les siècles de l'empire

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