‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 130 sur 211 · Lampride, Sev. Alex · texte numérisé non relu

Lampride, Sev. Alex

2. S. Hieron., Comment, in Ej>ist. ad Galatas, II, prol., c, 3; C. Julliax, Histoire de la Gaule, t. II, p. 369.

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romain, n'a donc nullement, comme on le dit quelquefois, fait disparaître la langue gauloise. C'est le latin qui, à titre de langue officielle et supérieure, s'est peu à peu substitué au gaulois. Les Germains venus en Gaule mirent toute leur application à apprendre le gaulois comme langue populaire, et l'élite d'entre eux, le latin comme langue officielle. Ils ont répudié leurs jargons originaires. Ils étaient illettrés ; ils n'avaient pas d'écriture et ils n'ont laissé aucun texte. Leurs coutumes mêmes n'étaient pas écrites, mais purement traditionnelles. Aucune de leurs tribus n'avait d'annales, mais leurs guerriers se transmettaient de bouche en bouche des poésies où ils chantaient les prouesses de leurs anciens rois : majorant laudes clamoribus stridebant, dit Tacite.

Quant aux peuples de la Germanie transrhénane, ils parlaient des langues variées qui ne se rattachaient même pas toutes à la grande famille des langues indo-européennes. L'échec notoire de l'essai de classification des peuples de la Germanie par groupes ethniques, a donné à penser à certains savants qu'on pouvait répartir ces peuples si nombreux, d'après les caractères des langues qu'ils parlaient. Des linguistes ont proposé de classer comme Germains, seulement ceux de ces peuples dont la langue paraît avoir été un dialecte germanique, soit du groupe teutonique, soit du groupe gothique.

Les dialectes des Teutons, des Suèves, des Marcomans, des Vandales, des Burgondes, des Hérules et de la plupart des peuples germains mentionnés par Tacite, se rattachaient probablement au groupe dit teutonique ; de ces dialectes ou de leurs congénères, sont peut-être dérivés les dialectes modernes ou médiévaux tels que le souabe, le franconien, le frison, le basallemand, le hollandais, le flamand. Ces dialectes, en tous cas, nous donnent quelque idée des différences qui?existaient entre ceux des anciennes tribus germaniques. On sait que le haut allemand n'est devenu la langue allemande de la société et des lettres, que depuis Luther et sa traduction de la Bible dans ce dialecte.

Mais il y avait, en Germanie, des tribus nombreuses dont la langue n'était pas teutonique. Les Lemovii, sur les bords de la mer Baltique, parents des Lemovici du Limousin, devaient par-

1er un dialecte celtique. Tacite dit que les Gothins qui sont cantonnés en Germanie parlent la langue gauloise, preuve qu'ils ne sont pas Germains : Gothinos gallica... linbua coarguit non esse Germanos l. Ces Gothins parlaient donc un dialecte celtique. Faut-il en conclure qu'ethniquement ils étaient un rameau de cette grande race celtique qui a fondé les stations des routes commerciales du Danube à la mer Baltique ? Ou bien, peut-on croire que ces Barbares avaient abandonné leur langue originaire pour adopter celle de ces Celtes dans le pays desquels ils sont venus s'installer ? Les Osi, voisins des Gothins, parlaient le pannonien qui n'était probablement qu'un dialecte celtique. La langue dace se rattachait aussi au groupe celtique, comme sans doute d'autres dialectes de l'Allemagne du Sud et des bords du Danube où les Celtes sédentaires ont dominé pendant tant de siècles et ont même battu monnaie.

Les Gothins dont nous venons de parler, étaient-ils parents des Goths ? Qui peut le dire ? Dans tous les cas, la langue des Goths n'avait rien de commun avec celle des Gothins ; nous la connaissons, c'était une langue germanique. Elle est parvenue jusqu'à nous, grâce à la traduction de la Bible faite dans cette langue, par Ulphilas ou Vulfila. évéque des Goths, après qu'ayant quitté la Scandinavie ils se furent installés sur la Theiss et le bas Danube, au ivM siècle de notre ère. C'est à cause d'elle que des savants ont voulu partager les langues germaniques en deux grands rameaux, le groupe gothique et le groupe teutonique.

Il y eut aussi en Germanie, dès l'antiquité, de nombreuses tribus scythiques, puisque l'Elbe est donnée par des géographes anciens comme limite à la Scythie : leurs langues se rattachaient au groupe slave, comme par exemple, aujourd'hui encore, le polabe dans la région de l'Elbe et le sorabe de la Lusace. Les langues d'autres peuplades rentrent même dans le groupe hindou, comme celle des Bohémiens Tsiganes, arrivés seulement à l'époque médiévale : avant eux, des tribus de migrateurs ont pu parler des dialectes de même origine. Au contraire, la langue des Huns ou Hongrois et celle des Finnois appartiennent au

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