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BRIGANDAGE ET PERFIDIE

Entre la Gaule jusqu'au Rhin et la Germanie transrhénane, la différence des mœurs et de la culture morale et matérielle est attestée à chaque page des historiens anciens. En Gaule, partout, le long de la rive gauche du Rhin comme dans le reste du pays, se développe et resplendit, sous l'égide romaine, la cité industrieuse et artistique, le bourg d'exploitation agricole, la villa du grand seigneur avec ses dépendances, ses hébergeages, ses granges et ses celliers, ses thermes somptueux, son laraire, nous dirions aujourd'hui son oratoire ou sa chapelle. En Germanie, au delà du Rhin et du lunes, quel contraste ! Cet autre monde est le terrain de parcours de la tribu forestière, le repaire de la horde instable, la triste contrée où les ravageurs complotent et fourbissent leurs armes : dans les régions occupées par les Germains, pas une ville entre le Danube et le Rhin, en

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dehors des « refuges » fortifiés par des levés de terre, derrière les marais, et les vieilles stations celtiques ceintes de murailles qui sont les gîtes d'étapes des marchands ; seulement des villages ou plutôt des groupes de huttes en terre ou en bois, où séjourne, en attendant la migration toujours espérée, la famille, c'est-à-dire la femme, les enfants et les vieillards ; les hommes valides sont à la maraude, à la chasse ou à la guerre, à la tuerie toujours, que clôt la ripaille sanglante1. D'un côté du Rhin, le progrès dans la civilisation, de l'autre, des peuples de proie, les monstrueuses nations germaniques, comme Cicéron les appelle (Germanoram immanissimse gentes2). Florus répète, à son tour, que les Germains sont les plus monstrueuses de toutes les nations 3, et au vu6 siècle de notre ère, Isidore de Séville, se faisant l'écho de la tradition de l'antiquité tout entière, définit les Germains, « des hommes au corps monstrueux, groupés en nations monstrueuses4 ».

Le Gaulois a d'incurables défauts ; il est superstitieux, batailleur, léger, vantard, impressionnable et trop curieux ; il aime le vin à l'excès ; on le voit souvent, dit un auteur ancien, marcher en zigzags ; les Gaulois ne mettent point d'eau dans leur vin, ajoute un autre5. On connaît, à l'égard des Gaulois, les témoignages de César et de Strabon, qui signalent leur mobilité de caractère, leur amour du changement et de la nouveauté [novarum rerum cupidi), mais en même temps, leur facilité à accueillir les marchands et tous les étrangers, à se lier avec eux, à leur donner généreusement toute leur confiance.

Ammien Marcellin représente les Gaulois comme arrogants et querelleurs ; leurs femmes mêmes participent à cette turbulence : « Il faut voir, dit il, ces viragos, les veines du cou gonflées par la rage, balancer leurs robustes bras d'une blancheur de neige, et lancer, avec les pieds et les poings, des coups qui semblent partir de la détente d'une catapulte. » Am-

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