César, Bell. Gall., VI
LA GAULE RHENANE ROMANISEK 319
Le brigandage et la guerre sont les seules sources de richesse et de bien-être : « Chez les Germains, dit Tacite à son tour, la guerre et les rapines fournissent à la munificence. On ne leur persuadera pas facilement de préférer labourer la terre et attendre la moisson, plutôt que de provoquer les ennemis et de gagner des blessures. Ce leur semble paresse et inertie d'amasser par la sueur ce qu'on peut conquérir par le sang. »
Tacite ajoute ailleurs : « Le temps que les Germains n'emploient pas à la guerre, ils le passent beaucoup à la chasse, mais la plus grande partie dans l'oisiveté, à manger avec excès ou à dormir. Les plus vaillants et les plus belliqueux, inactifs, laissent le soin de la maison, des pénates et des champs, aux femmes, aux vieillards, aux plus faibles de la famille, et croupissent dans le désœuvrement. »
Les Germains vivent du butin de guerre, de vol et de rapines, de chasse, du produit de leurs troupeaux et des fruits naturels de la forêt, très peu de la culture du sol. On pille les tribus voisines, on détrousse les marchands, et cela est approuvé par les lois ; cela est tenu à honneur et constitue des titres à la considération et au commandement des autres. Des vols adroits, des pillages bien conduits créent une clientèle, forment un chef de bande, bientôt même une véritable armée. Le plus réputé dans une tribu est celui qui connaît le mieux les traîtrises de la forêt et des terres mouvantes sous les hautes herbes.
Sous la conduite de ces brigands d'expérience, les guerriers de chaque tribu partent au pillage, pour un coup de main ou pour une véritable expédition au loin. Pour s'animer au combat, ils chantent leurs bardits qui exaltent, sur un rythme monotone, les exploits guerriers de leurs dieux ou de leurs rois légendaires. Ils poussent des cris rauques, en s'aidant de leurs boucliers de peau comme d'un porte-voix et ces cris retentissent au loin, lugubrement répercutés par les échos de la forêt. Ils délibèrent tout armés. Ils combattent, le corps presque entièrement nu, avec la lance et la framée. Les femmes les excitent, raillent et invectivent les fuyards. Les sorcières jouent un rôle considérable dans tous les actes de la vie publique ; avant de combattre, elles interrogent le vol des oiseaux et le hennissement des che-