Stuauos, IV
LA GAULE RHENANE ROMAMSEE 327
du bien-être et de l'élégance aristocratiques dont s'entouraient les propriétaires de ces domaines ruraux, pourtant voisins d'une frontière singulièrement tourmentée. « Nulle part peut-être, remarque Mommsen, on n'a retrouvé autant de villas si somptueuses que dans l'Est de la Gaule, sur les bords du Rhin et de ses affluents : c'étaient bien là les demeures de la riche noblesse gauloise1. »
Tacite raconte que lors de la révolte de Civilis, en 70, l'incendie qui dévorait dans la campagne de nombreuses villse assez rapprochées les unes des autres, annonça au loin la marche et la direction d'une armée victorieuse 2. C'était près de la rive gauche du Rhin, à peu de distance de Castra Vetera et de Cologne. Il y avait alors des villse jusque dans l'île des Bataves; Civilis en possédait, et lorsqu'en 71, Cerialis alla rétablir l'ordre chez les Bataves, il prit soin, par raison politique, d'épargner les villse du fameux chef de l'insurrection3.
Les antiquaires rhénans ont retrouvé les substructions d'au moins quarante v illse d'exploitation agricole dans la seule forêt qui couvre le pays du confluent de la Moselle et du Rhin, entre Coblence et Boppart4; on a pensé même que c'étaient les ruines du vicus A/nbitarvius, où naquit Caligula ■'. Toutes ces installations n'eussent pu exister sans la propriété foncière privée et héréditaire, que les habitants des provinces rhénanes connurent tout aussitôt et aussi bien que ceux des autres régions de la Gaule. Là comme ailleurs, les Romains, dès le temps d'Auguste, établirent un cens régulier sur les champs possédés par chaque individu.
Tout autre était le régime terrien de la Germanie. Dans leur développement social, la plupart des populations transrhénanes sont demeurées, à l'époque romaine, sous le régime communautaire ; la nature forestière et l'instabilité de leur habitat ne leur permirent pas de s'élever à la propriété foncière privée. Il n'y a
1. Mommsen, Ilist. rom., trad. Gagnât et Toutain, l. I\, p. 135.