Tacite, Germ
Dans un semblable état social, le raffinement du luxe est impossible ; aussi, l'enfant de l'esclave ne se distingue pas de l'enfant du maître; ils sont élevés ensemble, vivent ensemble, et, dit Tacite, ils couchent sur la même terre nue.
En perpétuelle maraude buissonnière, en quête de pillage, en mal de déplacement, l'installation de la tribu dans une région quelconque de la Germanie est toujours précaire. Tacite a bien remarqué que les Germains n'ont pas la propriété individuelle du sol : « Ils changent chaque année de champs », dit-il1. César avait déjà noté : « Nul n'a de champs limités ni de terrain qui soit sa propriété. Mais les magistrats et les chefs assignent, tous les ans, aux peuplades et aux familles vivant en société commune, des terres en tels lieux et quantité qu'ils jugent à propos, et l'année suivante ils les obligent de passer ailleurs2. » Ceux-là même qui cultivent la terre et pratiquent l'agriculture ne connaissent pas l'appropriation privée du sol ; ils n'ont que la propriété collective et communautaire de la tribu, comme les nomades africains. Après avoir dit que les Suèves cultivent et ensemencent leurs champs, César ajoute : « Nul d'entre eux ne possède de terre séparément et en propre et ne peut demeurer ni s'établir plus d'un an dans le même lieu3. »
L'habitation du Germain ne pouvait avoir ainsi qu'un caractère passager et transitoire. Sauf les œdificia de quelques chefs mis à part 4, si la masure du Germain n'est plus la tente du nomade, elle n'est pas encore, comme en Gaule, la maison solidement bâtie du sédentaire enraciné au sol dont il a hérité de ses pères, qui est voisine de la tombe ancestrale, où se trouvent concentrés tous ses souvenirs, tout son cœur, et qu'il a lui-même embellie ou agrandie. « Les Germains, dit Tacite, n'habitent point des demeures contiguës : ils vivent séparés et dispersés, selon qu'une fontaine, un champ, un bois leur a plu. Leurs villages ne sont pas comme les nôtres, formés de maisons qui se joignent et se tiennent; chacun entoure la sienne