Tacite, Germania
2, Tacite, Gerni., 1G.
encore, certaines régions de l'Allemagne sont d'immenses porcheries où les gardiens infects, vivent et habitent dans des huttes autour desquelles se vautrent les porcs dans une promiscuité presque familière avec l'homme, au milieu de la puanteur des marécages1. Les Germains sont midi et sordidi. « Ils se sont accoutumés, sous un climat très froid, dit César, à n'avoir d'autre vêtement que des peaux dont l'exiguité laisse une grande partie de leur corps à découvert2. » Les hordes d'Arioviste étaient demeurées, quand César parut, quatorze ans sans avoir jamais couché sous un toit3.
Tandis que bien avant la conquête romaine, les Gaulois ont de grandes et belles capitales pour chacune de leurs cités, les Germains ne possèdent aucune ville avant le moyen âge. Les Ubiens eux-mêmes, les plus civilisés d'entre eux, n'ont une sorte d'agglomération urbaine, qu'après qu'ils se sont installés en partie sur la rive gauche : c'est le fameux autel des Ubiens {Ara Ubiorum), auprès duquel les Romains bâtirent un pont et fondèrent leur grande colonie de Cologne. « Les peuples de la Germanie, remarque Tacite, n'ont point de villes. » Encore au ive siècle, les Germains, au témoignage d'Ammien Marcellin, considèrent les villes « comme autant de tombeaux entourés de filets, circumdata retibus busta ». Habiter une ville, c'est s'emmurer, se priver d'air et de liberté, comme dans un caveau sépulcral.
1. La statistique de 1914 compte en Allemagne vingt-deux millions de porcs.