Tacite, Annales, II
Germains continuaient à traiter comme de simples lingots métalliques les pièces romaines qu'ils recevaient et dont ils ne manquaient pas de vérifier avec soin le poids etl'aloi.
Entre eux comme avec l'étranger, — et rappelant en cela les Grecs d'Homère, — ils pratiquaient le système rudimentaire du troc pur et simple d'une marchandise contre une autre, des richesses naturelles de leur contrée contre les produits industriels des civilisations plus avancées. Chez les Germains, on paye tout en gros et en petit bétail, même les amendes; on paye aussi avec des esclaves1. De semblables échanges sont constants dans VIliade, entre Grecs et Phéniciens. C'est ainsi également que les armes, bracelets, colliers, vases et trépieds, ustensiles de cuisine ou autres, fabriqués par l'industrie métallurgique si développée des Scandinaves et des Etrusques, avaient pénétré chez les Celtes, en particulier chez les Gaulois, quatre ou cinq siècles avant notre ère.
De môme, chez les premiers habitants de l'Italie qui, au début de leur histoire, menaient encore la vie pastorale et agricole, tout s'estimait et se payait en tètes de bétail. Nous savons, par Festus, qu'un bœuf était l'équivalent de dix moutons. Le gros et le petit bétail étant ainsi, à l'origine de la civilisation romaine, la principale richesse et formant l'étalon du paiement des marchandises, il est venu de là que le mot pecus, « bétail », a formé le mot peeunia. qui finit par s'appliquer exclusivement à la monnaie métallique , quand cette dernière fut seule employée dans les transactions commerciales.
En Germanie, et aussi chez les Bretons, où la vie pastorale et l'élevage des troupeaux a persisté jusqu'à l'aurore du moyen âge, le bétail a servi, jusqu'à ce moment, de principal étalon de la valeur des choses. A l'époque mérovingienne et carolingienne encore, les lois des Barbares fixent les marchés, les compositions et les amendes en têtes de bétail aussi bien qu'en métal monnayé. De là est venu que le mot germanique qui signifie « troupeau », Vie//, a formé l'anglo-saxon fee, ou feo h ; et ce mot a le sens de « rétribution, salaire », parce qu'origi-