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LES ARTS. — ARCHÉOLOGIE RHÉNANE

De grands musées archéologiques bien ordonnés, classés méthodiquement et à grands frais, sont visités par les touristes, dans toutes les villes des bords du Rhin. Les plus célèbres sont ceux de Bâle, de Strasbourg, de Mayence, de Bonn, de Cologne. II y a aussi de belles collections archéologiques à Golmar, Spire, Worms, Metz, Trêves, Aix-la-Chapelle, sans parler des petites villes et des riches musées belges et hollandais, ou de ceux de la rive droite du Rhin. Ces collections publiques d'antiquités anté-médiévales, recueillies principalement dans les villes où ces musées sont constitués, ou dans leur région, proclament-elles la germanisation du pays ?

Non certes ! c'est bien, au contraire et d'une façon absolue, la romanisation de la rive gauche du Rhin qui est exposée dans toutes leurs vitrines. Parcourez ces musées : ici encore, vous constaterez en toute évidence que la civilisation s'arrêtait au limes romanus. Les objets gallo-romains ou romains qu'on a trouvés au delà de cette frontière, n'ont été transportés en Germanie que comme objets étrangers, par le commerce ou par les Romains eux-mêmes, au cours de leurs expéditions, comme le trésor de Hildesheim . Pas un, qui soit de fabrication germanique.

Nous avons vu déjà que les statuettes des divinités, en bronze ou en terre cuite, ne sont répandues que dans les pays occupés

LA GAULE RHENANE ROMANISEE 361

par les Romains et qu'elles représentent exclusivement des dieux romains ou gallo-romains. Il en est de même des stèles ou basreliefs votifs ou funéraires, qu'ils soient ou non accompagnés d'inscriptions. Il n'y a point de sculpture germanique, point d'inscription germanique.

Le Germain ignorait l'écriture aussi bien que l'industrie qui suppose une installation fixe d'ateliers de fabrication; toute notion d'art lui était plus étrangère qu'aux Mexicains ou aux Péruviens d'avant la conquête du Nouveau Monde, qui, eux, avaient des villes, une écriture, un art développé.

Au contraire, la production artistique et industrielle des Gallo-Romains fut comme surabondante ; elle dénote une prodigieuse activité. Nos musées en sont pleins et sous ce rapport encore, les provinces rhénanes tiennent l'un des premiers rangs. A la vérité, l'art gaulois est un art d'imitation, subordonné, sans originalité, sans élévation. Les Gaulois furent des artisans habiles et ingénieux, mais non de véritables artistes; les belles œuvres d'art qu'on a trouvées en Gaule y ont été apportées de l'Italie ou de l'Orient, mais elles n'ont pas été fabriquées par des indigènes. Dans le somptueux trésor d'argenterie trouvé à Berthouville, près Bernay, par exemple, on distingue nettement les vases qui sont de provenance gréco-romaine et ceux qui sont de la chaudronnerie gallo-romaine. Les statuettes d'argent, de bronze, de terre cuite, les poteries gallo-romaines, les vases de bronze, la bijouterie, sont de lourdes copies d'œuvres romaines, ou d'une pauvreté d'invention qui surprend ; l'habileté technique est indéniable, mais elle est mise au service d'un goût vulgaire. L'art gaulois est sans charme. Eh bien ! tous ces caractères s'observent au même degré, tant dans les musées rhénans que dans les collections du reste de la Gaule.

Il est aisé de le constater: l'art industriel des Gallo-Romains, qui fait un abus de la stylisation des images, de la décoration en figures géométriques, en spirales, en enroulements, comme on le constate déjà dans les types des monnaies de l'époque de l'indépendance, est le même sur les bords du Rhin que sur ceux du Rhône, de la Seine, de la Garonne.

En outre, il persiste avec les mêmes caractères durant tout

l'empire, et jusque dans les productions de l'époque franque, avec ses fibules zoomorphiques, son émaillerie ornée de verroteries et de cabochons en corail, ses animaux réels, cheval, bœuf, cerf, sanglier, oiseaux, ses monstres héraldiques et stylisés, ses entrelacs, ses rosaces, ses dessins géométriques de la plus exubérante fantaisie : tout cela, disons-nous, se rencontre, à la fois, à l'époque gauloise et à l'époque mérovingienne, sur les bords du Rhin comme au mont Beuvray, à Bordeaux, au cœur de l'Auvergne ou en Armorique, à côté des imitations des modèles classiques '. Il y a une tradition d'art et d'ateliers ininterrompue, depuis l'époque de l'indépendance gauloise jusqu'à l'époque romane, et elle s'étend à toutes les provinces de la Gaule de l'est, sans que les invasions germaniques l'aient modifiée ou aient exercé sur elle la moindre influence. L'art rhénan, si florissant à l'époque carolingienne et médiévale, — nous le constaterons plus tard, — se rattache donc, en droite ligne et sans solution de continuité, à l'art gaulois, tout en subissant alors l'influence byzantine.

A l'époque impériale romaine, c'est naturellement l'influence gréco-romaine qui se fait sentir de diverses manières : tantôt, intervention d'artistes venus de l'Italie, qui exécutent des statues, des bas-reliefs, des mosaïques pareils à ceux des grands centres méditerranéens ; tantôt, copies trop souvent incorrectes et sans esprit, de motifs gréco-romains, par des artistes locaux. Ces dernières œuvres, les seules que nous ayons à envisager ici, se distinguent sans exception par les caractères suivants : sécheresse, raideur, absence de proportions, de vie, de sentiment, réalisme impuissant dans le rendu des traits du visage, surcharge de mauvais goût dans les ornements. Ces traits sont les mêmes sur les stèles de Metz, de Trêves, de Mayence, de Saverne que sur celles de Reims, de Langres, de Sens ou d'Autun. Impossible de signaler une particularité qui différencierait la région rhénane du reste de la Gaule.

Tandis que les ruines des édifices et des remparts, toujours debout malgré les injures des siècles et des Barbares, donnent

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