‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 187 sur 211 · Ammies Marcellin, XXVII · texte numérisé non relu

Ammies Marcellin, XXVII

vœux qu'on lui adressait, au jour de l'an ou à l'occasion de certaines fêtes. Ausone raconte qu'un pauvre grammairien de Trêves, Ursulus, avait été oublié, aux calendes de janvier, dans les gratifications distribuées par Valentinien. Ursulus confia sa déconvenue à Ausone; celui-ci intervint auprès de l'empereur et obtint les étrennes réclamées. Ausone envoie ainsi, de la part de l'empereur au grammairien, six pièces d'or (solidi), avec un compliment en mauvais vers.

Qu'on juge, par ce témoignage d'un contemporain, de la vitalité de la Gaule, des prodigieuses ressources de ce pays, de l'énergie de sa population qui, toujours, se relève après les orages qui l'abattent, comme l'herbe repousse après avoir été fauchée ! Sans doute, il y a loin de cette prospérité du ive siècle à l'opulence large et sans soucis d'autrefois. Le pays avait été appauvri, la population décimée, incapable désormais de résister aux assauts, sans cesse renouvelés, des odieux Barbares. Néanmoins, l'espoir renaissait après chaque victoire; les bandits chassés, on rebâtissait les maisons et les remparts ; on recommençait à ensemencer cette terre si féconde qui, depuis l'époque celtique, gardait les cendres vénérées de tant de générations d'ancêtres.

Les majestueuses ruines de Trêves sont, à nos yeux, les témoins imposants de la grandeur et de la force de la capitale de la Gaule romaine du ive siècle. La Porte Noire est là, flanquée de ses deux indestructibles tours, qui ont encore trois étages, de plus de 30 mètres de haut et de 12 mètres de diamètre. Les autres monuments ruinés de Trêves sont non moins étonnants par leur immensité ; la plupart sont de l'époque constantinienne.

L'activité, la floraison commerciale et artistique de Trêves, à cette époque, en dépit des invasions, a eu son reflet jusque dans les somptueux monuments funéraires que ses riches marchands se firent construire, dans le goût surchargé du temps. Le plus célèbre est le fameux mausolée d'Igel, à sept kilomètres à l'ouest de Trêves, à la lisière de la forêt des Ardennes. Il était destiné, d'après les idées romaines, à la fois, à servir de tombeau et à célébrer les mérites du personnage en l'honneur de qui il fut érigé, vers le temps de Julien ou de Valentinien. Il est en

grès rougeâtre, de forme carrée d'environ 4 mètres de côté ; la partie supérieure ornée de corniches et de frontons sur ses quatre faces, est terminée en pyramide ; il a 20 mètres d'élévation. Il était couronné par un aigle aux ailes éployées. Les sculptures dont il est orné à profusion, superposées en registres, représentent des scènes mythologiques ou de la vie réelle, des portraits de personnages, des manœuvres de bateaux chargés de tonneaux, des bergers poussant leur troupeau de moutons, des charrettes chargées de céréales. Des bas-reliefs de Vienne, d'Autun, de Sens, de Langres, fournissent des scènes analogues. Une inscription du mausolée d'Igel nous apprend que ce monument fut élevé par les soins de L. Secundinius Aventinus et Secundinius Securus, en l'honneur de leurs parents, les Secundinii, qui occupèrent des charges importantes dans l'administration publique de la ville de Trêves.

Trêves restait riche, animée et prospère, malgré les malheurs publics, parce qu'elle était le siège de la cour et du gouvernement, le quartier général de toutes les armées qu'on lançait quotidiennement sur le Rhin. Voici venir le siècle où elle sera vingt fois saccagée et brûlée.

Mayence était encore plus exposée que Trêves aux surprises des pillards rusés et perfides. Un jour de l'an 368, le chef alaman Rando, à la tête d'une bande, parvint jusqu'aux murailles, en rampant; trompant la vigilance des gardes, sa bande fit irruption dans la ville, pendant une grande cérémonie chrétienne. Il put impunément, en une heure, emmener de nombreux prisonniers et un immense butin, de l'autre côté du Rhin, avant que la garnison eut eu le temps de s'armer1. Et cependant, la ville restait confiante et gaie; sa banlieue était toujours émaillée de villas seigneuriales, élégantes et fleuries, comme celle qu'habitait ce haut fonctionnaire, Remigius, retiré dans ses terres. Remigius se plaint, lui, non point des Barbares, mais des tracasseries du préfet Maximinus, dont l'inimitié le poursuit jusque dans sa retraite2.

En 369, l'empereur Valentinien « dont le cerveau, au dire

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