‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 192 sur 211 · GRATIEN. — L'EXODE DES VISIGOTHS · texte numérisé non relu

GRATIEN. — L'EXODE DES VISIGOTHS

Après avoir raconté les ravages des Goths et des Taïfales immondes, sur le Danube, Ammien Marcellin s'écrie : « Et comme si les Furies avaient pris soin elles-mêmes d'attiser une conflagration générale, voilà que, au début de l'an 378, les Alamans Lentiens, voisins de la Rhétie, se mettent à violer nos frontières, au mépris des traités. »

Cette irruption fut provoquée par un Alaman qui servait dans les gardes de Gratien et qui, traîtreusement, informa ses compatriotes du projet formé par l'empereur de partir pour l'Orient avec toutes ses forces, appelé par Valons que débordaient d'autres Barbares. Tout de suite, les Alamans Lentiens avaient résolu de profiter de l'occasion, croyant dégarnie la frontière d'Occident. Se formant par bandes de ravageurs, sans tarder, dès le mois de février, ils traversent le Rhin sur la glace. Heureusement, deux corps de troupes, les Pétulants et les Celtes, qui se trouvaient de garde, les repoussent et leur font subir des pertes sensibles.

Mais au mois de juin, ils reviennent à la charge, au nombre de 40.000. Gratien, ajournant son projet d'expédition en Orient, fait revenir les cohortes qui s'étaient déjà ébranlées, appelle ses réserves et confie son armée à deux généraux habiles, Nannianus et le roi des Francs, Mellobaude, renommé pour son impétueuse! bravoure, et ennemi des Alamans. On délibérait sur le

plan de campagne, lorsque tout à coup, auprès d'Argentaria ( Argent ovaria, Golmar),une clameur formidable annonce la présence des Barbares. « La charge sonne et l'on en vient aux mains. Ce fut d'abord une grêle de traits ; les Barbares étaient si nombreux que les Romains sont contraints de s'abriter dans une forêt voisine et d'attendre l'arrivée en ligne de la garde impériale. La présence de ce beau corps, la splendide régularité de ses armes et de sa tenue, intimident les Alamans qui tournent le dos, faisant face seulement de temps à autre, pour résister jusqu'au bout. Ils furent si maltraités que, du nombre formidable que nous avons accusé plus haut, il ne s'en échappa, dit-on, que cinq mille, dont l'épaisseur des forêts protégea la fuite. Leur roi, Priarius, périt avec l'élite de ses guerriers1. » Plein d'ardeur, Gratien franchit le Rhin à la poursuite des Barbares que ne réussirent pas à protéger les montagnes boisées de la Forêt noire. Ils se rendirent et implorèrent, comme toujours, la clémence de l'empereur. Gratien fut trop généreux. Il est vrai qu'il avait hâte de s'en retourner à Milan et de surveiller l'Orient, où Valens venait de périr dans des circonstances tragiques. Ce qui s'était passé sur le Danube mérite d'être rapporté comme exemple de la façon dont les Barbares traversaient l'un ou l'autre des deux grands fleuves de la frontière romaine et étaient admis dans l'Empire : c'est l'aventure des Visigoths qui devaient, plus tard, venir peupler le midi de la Gaule.

Forcés de fuir sous la poussée des Huns qui arrivaient en Scythie, en 378, les Visigoths crurent pouvoir demander des terres sur le territoire de l'Empire. Déjà à demi civilisés, la plupart d'entre eux étaient chrétiens ; leurs rois s'appelaient Fridigehrn et Alavive; ils étaient sous l'autorité spirituelle de leur apôtre, le vénérable évêque Ulfilas, qui les avait convertis et s'efforçait de leur inculquer les rudiments de la civilisation romaine. Il avait traduit la Bible à leur intention, en omettant toutefois les livres où sont racontées les guerres des Juifs, pour ne pas surexciter les instincts déjà trop sanguinaires des Visigoths. Le bon évêque leur avait ainsi appris à lire et à écrire, car c'était

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