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LES BARBARES INSTALLÉS EN GAULE

Suivant la loi naturelle des migrations, l'entrée en Gaule des peuples germains se poursuivit, durant les cinq siècles de la domination romaine, d'une manière indiscontinue, avec des poussées gigantesques et des ralentissements alternatifs. Et cela, en dépit de la volonté et des efforts de Rome qui, sur le Rhin, demeura fidèle à sa mission, sans défaillance et jusqu'au dernier jour: garder la frontière, s'opposer aux invasions germaniques par la force ou les endiguer, les diriger; puis, par nécessité, incorporer les Barbares dans l'Empire, se les assimiler et s'en servir contre d'autres Barbares. Mais la Germanie est une forêt magique d'où surgissent, sans relâche, des flots humains ; la race germaine est peut-être la plus prolifique du monde : tout le secret de son histoire est là.

Fustel de Coulanges a défini les conditions dans lesquelles les Barbares prirent place, partout, sur le sol de l'Empire. Appliquer ces lois spécialement à la Gaule, c'est en quelque sorte résumer nos précédents chapitres.

1. — II y eut des migrations de tribus en masse, guerriers, familles, troupeaux et chariots. Elles se sont imposées par le nombre et se sont frayé, souvent, un chemin par la force inconsciente et dévastatrice. Dès l'aurore de l'histoire jusqu'à Attila, c'est la marche monotone de la horde, à travers la steppe asia-

tique et scythique, poursuivie avec de longues stations, en Germanie, souvent en Gaule, et de là, parfois jusqu'en Italie ou en Espagne, même jusqu'en Afrique.

2. — Il faut tenir compte, en second lieu, de l'infiltration permanente et individuelle des Germains venant offrir leurs services aux propriétaires gaulois, comme esclaves, colons, serviteurs à gages, dans les villes et les fermes agricoles. Il est difficile de suivre à la piste ces cheminots sans histoire et de saisir sur le fait cette pénétration pacifique, goutte à goutte, silencieuse, mais considérable, parce qu'elle fut quotidienne et perpétuelle. Toutefois, les Suèves d'Arioviste, devenus, en grande partie par ce moyen, trop nombreux chez les Séquanes et les Eduens, nous en ont fourni un remarquable exemple.

3. — La vente des esclaves fournit aussi à la Gaule un grand nombre d'habitants de la basse classe, qui se fixèrent définitivement sur notre sol. Les durs Germains furent toujours de grands marchands d'esclaves; ils en vendaient constamment aux Gaulois et aux Romains. La Germanie fut l'une des principales sources de l'esclavage antique. Tacite a noté l'habitude qu'avaient les Germains de vendre à l'étranger leurs esclaves, surtout les prises faites à la guerre sur les tribus voisines { . Dans la Vie d'Agricola, il parle d'Usipètes vendus comme esclaves par les Suèves 2. Ammien Marcellin signale les marchands qui approvisionnent la Gaule d'esclaves germains3 ; sur le Rhin, chez les Mattiaques, il y a un marché d'esclaves. Les convoyeurs orientaux de la Thrace, de la Galatie et de la Cappadoce, viennent aussi chercher le bétail humain jusqu'en Germanie4.

4. — Souvent, l'invasion en Gaule fut une entreprise d'aventuriers enrégimentés, aux ordres d'un chef. Des bandes de guerriers organisés, compagnons de rapines, existaient dans chaque tribu germaine ; elles pouvaient parfois ressembler, par leur nombre, à de véritables armées, surtout quand les bandes de plusieurs tribus voisines s'associaient sous le commandement

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