Ammxen Marcellin, XXVII
2. Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions, t. II, p. 460.
3. Ammien Marcellin, XVI, 12, 26; XXXI, 3, 13 ; cf. Fustel de Coulahges, op. cit., t. II, p. 359.
Il arrivait aussi que des tribus, ayant passé le Rhin avec familles et troupeaux, s'installaient dans un campement, en sécurité, et, de là, leurs guerriers partaient à la maraude ou au pillage, dans des cantons parfois fort éloignés, où toute la tribu, s'il y avait lieu, était ensuite appelée. Telles de ces catervœ. de guerriers francs, plus nombreuses ou plus audacieuses que d'autres, traversèrent toute la Gaule et passèrent en Espagne. Les empereurs font la chasse aux ravageurs, les dispersent, les tuent, les font prisonniers, parfois les encadrent parmi les auxiliaires des armées romaines. Les institutions féodales, au moyen âge, devaient transformer ces compagnies armées en aristocratie guerrière.
5. — Les prisonniers de guerre furent aussi un élément important par lequel se développa la population gallo-romaine. Que de fois avons-nous signalé ces immenses cohues de prisonniers de guerre dont les Romains se trouvaient fort embarrassés, à cause de leur nombre ! Suivant les circonstances, on les incorpore dans les rangs de l'armée auxiliaire ; on en fait des colons soumis à certaines obligations, sur les landes incultes de Yager publicus ; enfin, on les donne comme esclaves à des particuliers. « Nous avons vu, dit Eumène dans son Panégyrique de Constance Chlore, et nous continuons à voir stationner dans les rues de nos villes et sous nos portiques, de longues files de Barbares captifs, que les ordres de l'empereur distribuent entre les habitants de la province, en attendant qu'ils soient conduits sur les champs qui manquent de bras et qu'ils devront cultiver. Voici donc qu'un Chamave et un Frison labourent pour moi; l'ancien pillard se change en travailleur et apporte sa récolte à nos marchés... Les territoires de Beauvais, de Troyes, de Langres, auxquels manquaient les colons, prospèrent aujourd'hui par le travail des colons barbares l. »
Ces colons s'incorporaient à la société gallo-romaine par le degré inférieur, la basse classe. Un bon nombre s'élevaient bientôt dans la hiérarchie sociale; ils conquéraient leur liberté
1. EumLne, Paneijyr. Constanlio Cœsari dktus, ch. ix ; aussi Ammien Marcellih, XIX, 11,6. Cf. Fustel de Goulanges, Histoire des Institutions, t. II, pp. 374-375.
LES GRANDES INVASIONS DU Ve SIÈCLE 439
par l'affranchissement, laissant la place à de nouveaux bans d'esclaves agricoles, qui arrivaient par l'humble chemin qu'ils avaient suivi eux-mêmes. Le service militaire, nous l'avons vu, les élevait au rang des citoyens : les voilà Gallo-Romains aussi bien que les vieux Gaulois.
6. — Le recrutement des corps auxiliaires de l'armée romaine, chez les Germains d'outre-Rhin, entraîna souvent l'installation définitive de ces Barbares en Gaule, à l'expiration de leur service militaire. Or, ce système d'incorporation, pratiqué dès le temps de César et d'Auguste, alla se développant de règne en règne, si bien que l'abus qui en fut fait, surtout à partir du ive siècle, est considéré comme l'une des causes les plus graves de la décomposition et de la chute de l'Empire. Des corps de Germains sont cantonnés en Gaule, sur la frontière; ce sont des Barbares libres, des engagés volontaires, qu'on appelle fœderati ; après leur congé, ils se fixent en Gaule comme colons; ils ne tiennent nullement à retourner en Germanie ; ils deviennent Gallo-Romains.
Par nécessité de situation on attire d'autres guerriers germains, de plus en plus nombreux. On signe avec les chefs, des conventions bilatérales, en vertu desquelles ceux-ci s'engagent pour telle expédition déterminée d'avance, et non pour une autre, ou bien pour servir dans tel ou tel corps, par exemple dans la garde de l'empereur. Les chefs conservent leur commandement ; il en est auxquels on confie des armées ; ces chefs réclament des titres romains et des dignités ; on ne peut plus rien leur refuser. Des Germains, sous Julien, déclarent qu'ils ne feront la guerre qu'à d'autres Germains, mais qu'ils ne franchiront pas les Alpes pour aller se battre en Orient ou en Afrique1. Au bout de leurs campagnes, tous ces soldats sont trop heureux de s'établir sous le doux soleil de la Gaule, pour y finir leur vie.
7. — Il y avait, observe encore Fustel de Coulanges, dans les armées romaines cantonnées sur le Rhin, des Barbares incorporés obligatoirement et malgré eux. Ceux-là n'ont point