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Am. Thierry, Hist. d'Attila, t. II, p

Le Rhin dans l'histoire. — I. 30

saint Etienne, brisent leurs haches et leurs massues contre un rocher de granit. A Dieuze, les Huns sont frappés de cécité parce qu'ils ont enchaîné l'évêque saint Auctor. A Cologne, après avoir massacré les onze mille compagnes de sainte Ursule, Attila, facétieux comme Méphistophélès, offre à cette dernière de l'épouser : « Retire-toi, lui répond la sainte, j'ai dédaigné la main de César, ce n'est pas pour appartenir à un Maudit tel que toi1 ! » La légende d'Attila pénètre dans toute la Gaule, jusqu'à Toulouse. En Italie, Aquilée, Udine, Ravenne, Padoue, Fiésole, Florence en sont aussi remplies, avec les détails les plus extravagants.

Mais voici la contrepartie. La miséricorde divine est infinie et pardonne aux plus abominables criminels. Attila lui-même en ressent les effets et finit par être touché par la grâce. Les chrétiens qu'il a immolés, les martyrs, prient pour lui. Il se convertit, se repent; il passe la dernière partie de sa vie à réparer les maux qu'il a faits. Il rebâtit les villes qu'il a détruites. Comme Clovis, il devient le champion de la chrétienté, un prince bienfaiteur et débonnaire, un roi juste et bon; et ainsi Attila prépare l'avènement des peuples barbares à la civilisation chrétienne. Restons dans la région rhénane.

Trêves, par exemple, avait été détruite par les Barbares; de ses splendeurs de capitale de la Gaule romaine, de ses palais, de ses thermes, de son théâtre, il ne restait plus que des débris. Au lieu de reconnaître dans ces dévastations, le résultat du passage d'Attila, la légende populaire, par un singulier travestissement, finit par considérer les ruines romaines comme les débris des palais édifiés par Attila. Le mausolée gallo-romain d'Igel est lui-même appelé V « Arc de triomphe d'Attila », au xir siècle2.

Argentoratum (Strasbourg) avait été ruinée par les Huns. Attila en fit un monceau de décombres, si bien que, jusqu'au vi° siècle, elle fut presque effacée de l'histoire. C'est seulement au temps de Grégoire de Tours qu'elle renaît et qu'elle prend le nom germano-latin de Strateburgum, qui signifie vraisembla-

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