Strauon, IV, 3, i
que celle de Paris au Havre. Les marécages, îlots et canaux ont toujours constitué dans ce large espace une barrière infranchissable pour les grandes invasions continentales.
En revanche, une armée qui, maîtresse du Rhin, veut pénétrer par mer en Germanie, peut aisément s'embarquer et se laisser porter par les flots tranquilles jusqu'à l'embouchure du Weser ou de l'Elbe pour y accoster. Tel fut le plan de Germanicus qui' dans sa dernière campagne contre Arminius, prit pour base de ses opérations l'île des Bataves. De là aussi, les flottes romaines gagnaient aisément les côtes de la Grande-Bretagne.
Dans le sens inverse, c'est par ces multiples bras du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut que les pirates francs, saxons, puis normands et danois, remontaient jusque dans l'intérieur des terres, s'engageaient dans les fleuves, parvenaient, sur le Rhin, bien au-dessus de Cologne. Les burgs du Rhin furent bâtis pour combattre les pirates, les empêcher de débarquer et de dévaster la contrée.
Mais sur la terre ferme, au nord delà voie historique et sanglante de Sambre-et-Meuse, il n'existe aucune route naturelle que puisse suivre un peuple entier en marche de l'est à l'ouest, de Germanie en Gaule, avec les chariots et tout l'attirail que comportait un tel décampement. Seules, les flottilles d'écumeurs de mer ont pu, sur leurs légers esquifs, s'introduire dans cet immense delta où vit encore un monde à part, débris des plus vieilles races de l'Europe.
Le dieu Rhin ne règne plus sur les joncs et la brousse de ces plaines tourbeuses et fouettées par les rafales du nord, où ses eaux se sont perdues. Il cède la place au dieu de la mer, à Neptune et à son cortège de nymphes perfides qui se cachent dans les roseaux et chantent dans les algues.
Le 15 janvier 1647, on découvrit à Dombourg, dans l'île de Walcheren, Tune de celles qui forment la province de Zélande, aux bouches de l'Escaut, plusieurs statues et autels votifs consacrés à Nehallénie, la protectrice des terres basses de cette région. La nymphe accompagnée de son chien, est assise tenant des fruits dans son giron. A côté d'elle, une grande corbeille
aussi remplie des fruits de la terre. Nehallénie, la compagne de Neptune, était invoquée par les hommes qui disputaient aux flots de l'Océan le sol de ces îles incertaines, pour le rendre fécond. « Cette bienfaisante déité, remarque Ernest Desjardins, symbolise par d'ingénieux emblèmes la conquête de la culture productive sur la mer ; elle semble avoir établi l'accord pacifique de la vaillance industrieuse de l'homme et des fureurs de la mer radoucie et soumise 1 . »
1. Ernest Desja.rdins, Géogr, hist. de la Gaule romaine, t. I, p. 396.