‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 27 sur 211 · Cksar, Bell. Gall., VI · texte numérisé non relu

Cksar, Bell. Gall., VI

taient prudemment en bateaux le cours des rivières, ne rencontrant que de loin en loin, des clairières où une pelouse herbue permettait aux êtres qui peuplent les bois de trouver la chaleur extérieure nécessaire à toute vie. Là, c'étaient des myriades d'oiseaux et d'insectes, des reptiles qui se plaisent dans la moiteur de l'atmosphère sylvestre, des animaux féroces qui attaquent l'homme.

Les tribus, arrivées des plaines de la Scythie depuis un temps plus ou moins long, s'installaient à la lisière de ces grands bois, soit au sud, dans les belles et fertiles vallées de la Bohême et de la Bavière, soit au nord, en Silésie, en Prusse, dans les coins habitables de la Saxe, de la Hesse, de la Franconie, du bas Rhin, de la Souabe. Quelques-unes d'entre elles ensemençaient des champs qu'il fallait garder aussi bien contre les fauves que contre les tribus voisines. Des pistes sûres, connues seulement des habitants d'un canton, conduisaient, sous le dôme de verdure, à des sanctuaires sans toit, cachés derrière des fourrés épineux, où complotaient les chefs, où était pratiqué le culte de divinités sanguinaires. Les troncs déchiquetés par la foudre ou bien les plus grands des arbres, participaient à ces hommages divins et recevaient les offrandes et les vœux des peuplades barbares.

Quant au soldat romain, ces bois, plus vastes que l'horizon, qui recelaient tant d'ennemis toujours prompts à l'attaque inattendue, lui inspiraient une crainte superstitieuse, cette crainte, dit Sénèque, qui fait croire à l'existence de la Divinité.

Toujours et sans qu'il ait osé se l'avouer à lui-même, le souvenir du sort de Varus hanta son imagination. Sur la lisière de la mystérieuse forêt, la sentinelle qui veillait à la garde du Rhin essayait de plonger son regard dans la nuit sans fond que les arbres séculaires entretenaient sous leur frondaison ; un frisson d'angoisse glaçait le sang du légionnaire lorsqu'il entendait, répercutés par les échos des clairières, les grincements des bêtes fauves répondant aux chants barbares et au cliquetis des glaives sur les boucliers de guerriers invisibles.

Page 1