‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 3 sur 211 · Sthadon, I · texte numérisé non relu

Sthadon, I

3. Celtique ou, d'après certains auteurs, ligure, c'est-à-dire proto-celtique. C. Ji i- LIA.W, Histoire de la Gaule, t. I, p. 115; Cf. 11. d'Arbois de Jubainyjlle, tes Premiers habitants de l'Europe, t. II, pp. 272 et 326; le même, Recherches sur les origines de la propriété foncière en France, pp. 395-396. Le nom du Danube (die Donau) est également celtique. Il n'y a point à s'arrêter à l'opinion ancienne qui rapprochait le nom du Rhin du grec pàeiv, couler, nu de l'allemand rinnen.

race qui, à l'âge du bronze, a couvert de ses établissements la plus grande partie de l'Europe centrale et occidentale, et dont le rameau principal a formé le peuple gaulois. Lorsqu'au début du ive siècle avant notre ère, des Gaulois allèrent s'installer dans l'Italie du Nord, transportant avec eux, comme la glèbe natale, les appellations de leur pays d'origine, ils appelèrent Bononia (Bologne) la nouvelle capitale qu'ils fondèrent à la place de la ville étrusque de Felsina et ils donnèrent le nom de Rênos à la rivière voisine l. Les Celtes acclimatèrent également le nom du Rhin, Rênos, en Irlande2. C'est ainsi que ces peuples émigrés restaient attachés à la vieille patrie celtique et qu'ils en perpétuaient l'image dans leur imagination et dans leur cœur.

La Suisse et la France de l'Est sont en grande partie tributaires du Rhin. Son bassin, qu'on évalue à 252.000 kilomètres carrés, est circonscrit, en Suisse, par les Alpes rhétiques et algaviennes qui séparent ses multiples sources de celles de l'Inn, de l'Isar, du Lech et de Piller, rivières du Tyrol autrichien et de la Bavière, qui portent leur tribut au Danube. Quelques kilomètres seulement, occupés par les crêtes des Alpes de Constance, modestes et souvent franchies par les invasions, séparent les sources du Danube de celles du Rhin : c'est la « trouée du Danube».

Le Danube et le Rhin dont les deux rubans sont ainsi rattachés l'un à l'autre par le nœud des Alpes, ont, depuis le commencement des âges, formé la barrière de deux mondes, en lutte opiniâtre et éternelle l'un contre l'autre. Seuls, des accidents historiques ont paru momentanément rompre cette chaîne naturelle qui sépare la Romanie de la Barbarie. Tout aussi rapprochées, mais à l'ouest du Saint-Gothard, jaillissent les sources du Rhône. Si bien que les trois grands fleuves, fils de l'Alpe, ce formidable château d'eau de l'Europe, s'en vont répandre la fortune fécondante de leurs eaux dans des directions opposées, comme jadis les soldats de la Suisse prodiguaient leur sang aux nations voisines.

1. Holdeh, Altceltischer Sprachschatz, t. II, col. 1130, 1174; C. Jclua.n, Histoire de la Gaule, t. I, p. 115.

2. H. d'Aruois de Jubaisnille, loc. cit. ; le morne, Recherches sur les origines de la propriété foncière, p. 392. Un affluent de la Loire, à Roanne, porte aussi le nom de Rhenu?.

Les Alpes bernoises et le Jura englobent l'Aar et le lac de Neufchàtel, dont ils font des dépendances du Rhin. Puis, entre le mont Terrible et le ballon d'Alsace ou, si l'on veut, entre Bàle et Belfort, la ligne de partage des bassins du Rhin et du Rhône n'est indiquée que par un faible relief du sol ou même des collines emblavées : c'est le seuil large et spacieux, célèbre dans l'histoire sous le nom de Trouée de Belfort ou de Porte de Bour-

Les monts Faucilles qui prolongent les Vosges en arc de cercle, séparent les sources de la Moselle de celles de la Saône; puis, les collines de Woëvre, appelées aussi les côtes de Meuse, entre Metz et Verdun, forment l'arête à laquelle s'adossent les vallées de la Moselle et de la Meuse. Ainsi, presque tout le département des Vosges, Remiremont, Epinal, Mirecourt, aussi bien que Nancy et Toul dans le département de la Meurthe, déversent leurs eaux dans le Rhin, par la Moselle ou ses affluents.

Gomme les côtes de Meuse, les Ardennes orientales continuant le rideau ininterrompu des montagnes, s'allongent dans la direction du nord, entre la Meuse et la Moselle ; enfin, au nord de Luxembourg et d'Arlon, c'est l'Eifel et les collines d'entre le Rhin et la Roër, qui rejettent cette dernière rivière dans la Meuse, jusqu'à ce que lés monts, qui meurent comme les eaux, permettent au Rhin, à la Meuse et à l'Escaut d'enlacer leurs multiples bras. N'est-il pas étrange que ce vaste pays de la rive gauche du Rhin, si uni par la nature, le climat, les productions, la direction de ses rivières, aussi bien que par le cirque des montagnes dont nous venons de tracer la silhouette, pays que l'antiquité tout entière n'a jamais morcelé, soit depuis le moyen âge, mutilé, déchiqueté, partagé en petites souverainetés ennemies, au grand détriment de ses intérêts économiques et sociaux ?

Sur sa rive allemande, le bassin du Rhin est encerclé par les montagnes boisées de la Forêt-Noire qui se rattachent aux Alpes de Constance et aux Alpes de Souabe. Celles-ci ne sont qu'un écran indiqué par le relief du sol, entre le Danube et le Neckar, l'affluent wurtembergeois du Rhin. Les monts de Franconie,

•de Bohême, de Thuringe, de la Hesse contournent les sources du Mein, la grande rivière qui sépare l' Allemagne du sud de l'Allemagne du nord. Les Vogelsgebirge, les Eggegebirge et les monts de Westphalie sont la ligne de faîte qui éloigne les bassins du Weser et de PEms, des derniers tributaires du Rhin inférieur, la Lahn, la Sieg, la Ruhr et la Lippe.

A droite comme à gauche, la ceinture orographique du Rhin est tourmentée et n'a point la régularité de contours que présentent les bassins de la Seine ou de la Loire, du Rhône ou du Pô. On y trouve englobés de petits chaînons montagneux, tels que les Vosges et la Forêt-Noire, la Hardt,le Hunsriick, l'Odenwald et le Taunus, sommets forestiers, aux flancs parfois abrupts, qui semblent postés par la nature comme des sentinelles, pour veiller sur le cours du grand fleuve, en protéger et en charmer les abords.

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