Pline, Hist. nat., VI
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C'est là également, par réciprocité, qu'ils débarquaient l'ambre de la Baltique, que les caravaniers transportaient ensuite jusqu'à Ninive et à Babylone '.
Les navires phéniciens cinglaient à travers le Pont-Euxin dans toutes les directions ; leurs factoreries des bouches du Borysthène (Dnieper), du Tyras (Dniester), de l'Hypanis (le Boug) et du Danube (l'Ister) firent connaître l'ambre aux populations de la Grèce mycénienne et homérique.
Dans VOdyssée^ l'ambre jaune appelé tjàsxtws, électron, à cause de sa couleur jaunâtre comme le métal de ce nom, intermédiaire entre l'or et l'argent, resta toujours pour les Grecs une substance aux origines à demi fabuleuses. On le recueillait, dit vaguement Hérodote, à l'estuaire d'un fleuve appelé l'Eridan, sur les bords de l'Océan hyperboréen. Les stations des routes commerciales de la Bohême, de la Hongrie, de la Silésie, de la Pologne méridionale, qui conduisaient au pays de l'ambre, étaient alors entre les mains des Celtes.
Lorsqu'au vne siècle avant notre ère, les Grecs de Milet, se substituant aux Phéniciens, devinrent maîtres de la navigation du Pont-Euxin, ils fondèrent à l'embouchure du Borysthène leur fameuse colonie d'Olbia qui continua le même commerce de l'ambre, des pelleteries, des céréales. Aujourd'hui, Odessa et Galatz ne font que remplacer ces antiques établissements.
L'ambre nous sert de guide dans cette reconstitution des voies du commerce, parce qu'il est inaltérable dans le sol : on le retrouve dans les ruines antiques des pays où il a été apporté des bords de la Baltique.
Les Grecs payaient l'ambre, les pelleteries, les esclaves et les autres produits du nord, non seulement avec des étoffes, des armes, des verroteries, des bijoux, mais aussi avec leurs vieilles pièces d'argent démonétisées et déjà usées, que les Barbares recevaient au poids, comme lingots de métal précieux. De nos jours, tout le long des routes de l'ambre et sur les rives de la Baltique on ramasse des monnaies grecques. Ces trouvailles,
1. J. Oppisht, « l'Ambre jaune chez les Assyriens », dans le Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptienne el assyrienne, t. II, fase. 11, 1880, pp. 33 à 47 {in- 4, Viewg, Paris).
corroborées par d'autres indices archéologiques, ont permis de reconnaître l'existence d'un vaste entrepôt commercial au confluent de la Tasmine et du Borysthène : c'est, croit-on, cet établissement qui, d'après Ptolémée, portait un nom grec : Metropolis. Un autre était à Lenium, à l'extrémité des marais Amadois (Pinsk) : de là, les marchandises passaient par un dos de pays à peine sensible, du bassin du Borysthène dans ceux du Niémen et de la Vistule *. La ligne de partage des eaux de la mer Noire et de la mer Baltique, nous disent les géographes, est si peu accusée « qu'aux inondations annuelles de l'automne et du printemps, le Pripet, affluent du Dnieper, communique avec le Bug, affluent de la Vistule, et avec le Niémen2 ».
Voilà donc une grande voie commerciale qui fut aussi celle des peuples migrateurs : elle les achemina des steppes de la Scythie aux rivages de la Baltique. Bien des convoyeurs et des émigrants ont laissé leurs ossements sur ces chemins de l'Europe primitive ; bien des Barbares sont tombés d'épuisement dans Ces plaines de la Pologne et de la Podolie ; leurs tombes sont là, formant comme de grandes pistes souterraines révélées par la pioche de l'archéologue ; elles sont de tous les âges ; les paysans leur donnent le nom allemand de Hunnenbette, « tombeaux des Huns » .
Une autre route, non moins fréquentée et reconnaissable aux mêmes indices, amenait l'ambre, les esclaves, les peaux d'ours et les autres produits du nord dans les contrées baignées par la Méditerranée occidentale. Elle traversait la Germanie, du nord au sud, pour aboutir à la mer Adriatique. Exploitée par les Phéniciens, les Etrusques, puis les Grecs, elle partait de factoreries installées sur le delta du Pô, au fond de l'Adriatique, et gagnait llallstatt par les cols des Alpes orientales. D'étape en étape, pour ainsi dire, on a retrouvé les vestiges de ce commerce. La station de Hallstatt, au sud-est de Salzbourg, a fourni, des antiquités si nombreuses et si variées que le nom de « civilisation Hallstatienne » a été choisi pour caractériser une période déterminée du développement de l'âge du bronze.