‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 37 sur 211 · Edmond Perrier, France et Allemagne, p · texte numérisé non relu

Edmond Perrier, France et Allemagne, p

2. Sur Gobineau, voyez : Jeah Firot, le Préjugé des races, p. 16 ot suiv. ; Fhkdekk: Massom, dans la Revue hebdomadaire du LGoctobre 1915.

L'étrange et le comique de l'affaire, c'est qu'il s'est fondé en Allemagne une Société Gobineau ; que non seulement des exaltés sans jugement et des fous qui divaguent, mais des philosophes à la mode, comme Nietzsche, des anthropologues, des historiens, des professeurs, des hommes graves, renchérissant sur le Gobinisme, ont trouvé au type germanique des caractères physiques et physiologiques qui font de l'Allemand, le noble Aryen, voire même un surhomme! D'après les théories préconisées depuis cinquante ans par l'Allemagne « intellectuelle » et « politique », il faudrait admettre qu' « il y a des peuples aristocratiques, supérieurs, peuples élus pour régner et être admirés; il y en a d'autres, inférieurs, esclaves des premiers et cumulant la méfiance et le mépris qui leur arrivent de partout ».

Naturellement, le peuple allemand est le peuple élu, la race préexcellente à laquelle doit être reconnue l'hégémonie; et « c'est au nom de la science, remarquait Jean Finot dès 1905, avec un geste de dédain bien justifié, — c'est au nom de la science, qu'en Allemagne on parle aujourd'hui de l'extermination de certains peuples et races », condamnés à disparaître parce qu'ils sont réputés inférieurs et subordonnés * . Les peuples qu'on groupe sous l'appellation générique de « races latines » étaient, bien entendu, au premier rang de ceux par lesquels devait commencer l'absorption germanique.

Un pas restait à faire pour conduire à la doctrine du pangermanisme ; il fut franchi d'autant plus vite que les événements de 1870 parurent favoriser cette marche à la démence nationale: « les temps sont accomplis et notre règne arrive », dirent les Allemands2. La recherche de la vérité historique n'a point à

1. Jean Finot, le Préjugé des races, p. 1. Au lendemain de nosdésaslres de 1870, A. de Qlatrefages écrivait : « Grâce à l'idée de l'antagonisme des races, mise en jeu cl exploitée avec une machiavélique habileté, l'Allemagne entière s'est levée. Au nom du pangermanisme, elle a déclaré vouloir régner sur les races latines; et voyant dans la France l'expression la plus élevée de ces races, elle s'est ruée sur noire patrie, avec l'intention hautement proclamée de la réduire à une impuissance irrémédiable. Servie par un concours inouï de circonstances, tout autant que par des forces lentement et habilement amassées, elle a vaincu. On sait comment elle a fait La guerre et usé de la victoire. » (A. de Quatrefages, la Race prussienne, p. G.)

2. Paroles authentiques de Léopold Ziégler. Pour qu'on ne nous accuse point, d'ailleurs, de prêter en bloc aux savants allemands une opinion absurde formulée

tenir compte d'aussi abominables billevesées qu'il était bon, tout de même, de signaler au passage.

Ce n'est pas seulement la multiplicité des groupes ethniques qui ont habité la Germanie, ni les croisements du sang, leur conséquence forcée, qui s'opposent à la préservation, à travers les millénaires de l'histoire, d'une race purement germanique. D'une manière générale, disent les anthropologues, l'inanité de la classification de l'espèce humaine par races, dès que l'on sort des grandes lignes et que l'on veut préciser, saute aux yeux. On constate qu'il y a autant de systèmes et de classifications que de savants. Impossible à qui veut se rendre compte des choses, de s'orienter dans ce dédale de contradictions qui, toutes, sans doute, reposent sur des faits vrais et des observations positives, mais qui pèchent par leur généralisation; leurs auteurs ont trop souvent perdu de vue ce principe que démontre M. Finot : « Les humains, à part quelques rares exceptions, restent partout mêlés comme type ou division anthropologique. Les migrations incessantes dans le passé, de même que la pénétration mutuelle des peuples, dans les temps modernes, rendent presque introuvable une race pure, répondant aux concepts des théoriciens1.

Le même savant ajoute : « On comprend à la rigueur, les spéculations d'un paléontologiste qui, se basant sur quelques débris fossiles, tient à reconstituer à leur aide des types humains opposés, mais on conçoit plus difficilement l'attitude d'un anthropologiste moderne qui, devant quelques habitants des divers pays européens, se voit dans la nécessité de les parquer dans des camps opposés. Tandis que sa tentative de division, basée sur une science incertaine, s'accroche à toutes sortes de traits passagers et trompeurs, l'unité de l'homme civilisé, qui gît derrière ce mirage, se rit de tous ces subterfuges et s'offre, harmonieuse et souriante, à l'observation impartiale ~. »

Ainsi, au point de vue anthropologique, il n'y a point, il ne

par un isolé, nous renverrons, entre autres, à l'ouvrage de (Justav Kossinna, Dit Deutsche Vorgeschichte, eine hervorragen.de national Wissenschajï. 1912, in-8.

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