‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 40 sur 211 · Strauox, VII · texte numérisé non relu

Strauox, VII

l'occasion de se mettre en marche dans la direction de l'occident qui les attire comme l'aimant.

Au point de vue politique, l'isolement et l'instabilité étaient un obstacle à la constitution d'un lien fédératif régional entre des tribus hétérogènes qui ne se trouvaient rapprochées que momentanément et par l'effet du hasard. Une tribu, poussée par la faim ou harcelée par des voisins, s'ébranle-t-elle à la voix d'un guerrier ou sur la délibération de ses chefs de clans, pour se mettre en marche et émigrer ? Si les tribus voisines lui barrent le passage, la combattent, la dispersent, c'en est fait d'elle ; ou bien, ses débris retournent dans leur ancien habitat pour y attendre, souvent une longue période d'années, une occasion meilleure ; ou bien ce qu'il en reste, réduit en esclavage, se fusionne dans les rangs inférieurs de la tribu victorieuse. Si, au contraire, la tribu réussit dans son entreprise de déplacement et de pillerie, elle voit d'autres tribus se joindre à elle, marcher avec elle ; ses rangs grossissent en route ; l'invasion fait « boule de neige », ramassant sur son chemin non seulement des tribus de même origine ethnique et de même langage, mais des tribus de toute race et de toute provenance.

L'appétit sanglant étouffe les haines de races, les querelles de tribus. Dans leur sinistre ébranlement, les Gimbres et les Teutons ont entraîné des bandes de pillards de toutes langues; dans l'armée d'Attila, il y a aussi bien des Tartares que des Indo- Européens ; et il en fut ainsi de la composition des hordes dévastatrices qu'à toutes les époques les steppes asiatiques ont lancées sur l'Europe occidentale.

L'agrégat de hasard dure aussi longtemps qu'il ne rencontre point d'obstacle; mais au moindre heurt, il se décompose, les morceaux se dispersent de divers cotés et prennent des directions variées, s'engagent dans les roules qui restent accessibles. L'association toute factice et momentanée qui a pu rendre un nom célèbre et terrible est dissoute ; l'histoire oublie jusqu'à ce nom qui ne désignait ni une race ni une famille de peuples, mais seulement une avalanche, une invasion de Germains, Scythes, Tartares, Hindous, faméliques et pillards de tous les coins de l'Asie et de l'Europe du nord.

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