‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 47 sur 211 · C. Jullian, op. cit., p · texte numérisé non relu

C. Jullian, op. cit., p

3. G. Jullian, op. cit., p. 286 et suiv. et p. 296. D'après la tradition, Sigovèse aurait franchi le Rhin pour traverser la forêt Hercynienne et gagner le Danube. Il est plus vraisemblable d'admettre qu'il suivit la route du commerce, passa par la trouée de Belfort et franchit le Rhin, vers le confluent de l'Aar pour gagner les sources du Danube.

Marseillais; ils ont aussi été les maîtres jusqu'aux nations des Pyrénées et jusqu'au Rhin. »

Ils dominaient encore avec éclat lorsqu'Asdrubal, traversant le midi de la Gaule pour aller secourir son frère Annibal aux prises avec les Romains, après la bataille de Cannes (216 av. J.-C), eut à demander passage aux peuples gaulois du sud, clients des Arvernes. Ceux-ci favorisèrent l'entreprise du Carthaginois et lui donnèrent même un corps d'armée.

Parmi les descendants d'Ambigat, figurent les fastueux rois des Arvernes que les chants des bardes firent entrer dans la légende nationale des Gaulois : Luern qui, du haut de son char, jetait l'or à poignées dans les rangs du peuple qui l'acclamait ; Bituit, qui combattait sur un char d'argent, entouré de redoutables chiens de guerre; Celtil, le père de Vercingétorix. Le souvenir de l'impérialisme arverne se réveilla lorsque Vercingétorix entreprit de sauver l'indépendance gauloise.

Ce que raconte Polybe 1 des Gaulois installés depuis peu en Italie, donne une exacte idée de l'état social des tribus celtiques citées plus haut, lorsqu'elles franchirent le Rhin pour élire domicile dans les régions centrales de la Gaule : alors, elles étaient encore dans le stade germanique de leur évolution. Ecoutez plutôt: les Gaulois de la Cisalpine n'ont point de villes, mais seulement des villages ouverts et sans murailles. Ils ignorent les industries, les arts et le confort de l'existence des civilisés. Leur vie est purement agreste et vagabonde ; ils ne pratiquent que la guerre, la chasse et quelque peu le travail de la terre. Leurs richesses consistent en or et en troupeaux ; ils se déplacent comme des pasteurs ou des demi-nomades, pour aller s'installer dans des lieux qu'ils jugent plus favorables. Ils ne connaissent pas la propriété privée immobilière ; leur organisation sociale est purement patriarcale ; la tribu se subdivise en clans et chaque clan comprend un certain nombre de familles. Après le combat, leurs guerriers ont l'habitude de suspendre au poitrail ou à la selle de leurs chevaux les têtes des ennemis qu'ils ont tués.

■ 1. Polybe, II, 17, 11.

Ainsi, pendant quelque temps encore après leur installation en Italie, les Gaulois cisalpins ont les mœurs de l'habitat germanique. Ce que nous savons d'eux par Polybe ressemble à ce que Tacite dira des Germains, vers la fin du Ier siècle de notre ère ; leur passage en Gaule avait été trop rapide pour transformer leur état social.

Au contraire, les portions de ces mêmes tribus qui n'émigrèrent point et préférèrent se fixer à demeure au cœur de la Gaule, offrent avec les Gaulois cisalpins, leurs frères, un frappant contraste. Elles adoucirent rapidement leurs mœurs sous l'action de l'habitat définitif qu'elles s'étaient choisi. Ce fut le Paradis, mais il fallut le gagner par un travail approprié. Impossible, désormais, de vivre exclusivement du produit de la chasse, de la pêche, de la cueillette dans les bois. Il faut cultiver le sol, ensemencer et récolter. Le travail de la terre engendre naturellement la vie sédentaire, parce que l'individu qui a labouré un champ tient à jouir lui-même des fruits de son travail. L'état sédentaire conduit l'homme à se bâtir une demeure fixe, en rapport avec les conditions climatériques ; d'où, la propriété familiale, puis individuelle.

Voilà pourquoi les tribus celtiques qui franchirent le Rhin les premières, atteignirent, les premières aussi, à une civilisation développée. Elles étaient arrivées en Gaule dans le même état rudimentaire que celles d'entre elles qui passèrent en Italie. Ce n'est donc point à quelque aptitude spéciale, imputable à leur intelligence, à leur origine ethnique, à leur race, que ces peuples durent de progresser plus rapidement que d'autres. Le principe de leur avancement réside dans la stabilité plus ancienne de leur habitat en Gaule : la race gauloise se façonne sur place.

Bituriges, Carnutes, Éduens, Arvernes, Lingons, Aulerques, Ambarres, Senons et quelques autres, sont désormais à la tête de la civilisation gauloise par leur organisation sociale, leurs institutions, leur industrie, leur commerce extérieur; on donne le nom spécial de Celtique à la partie de la Gaule où ils se fixèrent. C'est avec eux que les Romains s'entendront le mieux pour lutter contre la barbarie transrhénane.

Vers l'an 300, au temps où les généraux d'Alexandre se dis-

putaient les lambeaux de son empire, la Germanie déversa sur le nord de la Gaule un flot nouveau de tribus celtiques : c'étaient les Gallo- Belges qui, franchissant le Rhin, à leur tour, se développèrent dans les vallées de la Meuse et de la Moselle, autour de la forêt des Ardennes, couvrant bientôt les rives de la Somme, de l'Qise, de l'Aisne ; ils descendirent la Seine jusqu'à l'Océan. Les plus puissants d'entre eux étaient les Suessions (Soissons), les Bellovaques (Beauvais), les Rèmes (Reims), les Galètes (Calais), les Mediomatrices (Metz), les Leuques (Toul) !. Venus plusieurs siècles après ceux de tout à l'heure, ce groupe est encore, lorsque César parait, dans un état social peu avancé, semi-germanique ; leur habitat nouveau ne les a que lentement transformés parce qu'il était en partie, somme toute, assez voisin de celui de la forêt germaine.

Néanmoins, ce premier ban de tribus belges, — on le constate par leurs institutions et leur attitude politique, — se façonne à la culture gauloise et tient par-dessus tout à s'agréger à la fédération des peuples de la Celtique; n'ont-elles pas, elles aussi, leur Lugdunum (Leyde) comme les Celtes de la Silésie et ceux du confluent de la Saône et du Rhône ? Plus tard, elles font place, elles-mêmes, le long du Rhin inférieur, de la Meuse et de l'Escaut, à de nouvelles tribus, les Morins, les Ménapiens, les Nerviens, les Eburons qui, en raison des forêts et des tourbières du pays, sont plus étroitement isolées et demeurent plus longtemps dans la barbarie native.

L'hégémonie des Arvernes sur les peuples gaulois cessa d'être respectée par les plus importants d'entre eux, dès le début du 11e siècle avant notre ère. Contre les Arvernes un parti se forma qui entreprit de leur enlever la suprématie pour la transférer aux Eduens (Autun). Ces déplorables luttes intestines pour la prédominance devaient être fatales aux peuples de la Gaule; elles les condamnèrent à l'impuissance en face des nouvelles invasions germaniques; elles eurent pour conséquence l'asservissement de la Gaule tout entière aux Romains.

A peine ceux-ci eurent-ils fondé la Province romaine qu'ils

Page 1