‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 50 sur 211 · César, Bell. GalL, IV · texte numérisé non relu

César, Bell. GalL, IV

développer leurs institutions, leurs industries, leur art, au contact des Grecs par la vallée du Danube, puis, des Romains par la vallée du Rhône. Parvenus à un haut degré de culture matérielle, ils s'imposaient à toute la Gaule jusqu'à sa frontière du Rhin et à l'Océan du nord.

La Gaule Belgique, entre le Rhin, l'Océan, la Marne et la basse Seine, était, elle aussi, peuplée de plusieurs couches de tribus émigrées de Germanie à diverses époques. Un premier ban avait amené des peuples qui, au temps de César, étaient déjà, depuis longtemps, façonnés à la culture gauloise, comme les Rèmes,les Suessions,les Bellovaques. Ils parlaient la langue gauloise ; leur nouvel habitat les avait si bien transformés et ils se distinguent si peu, par leur état social, des peuples de la Celtique, que les Rèmes, d'origine belge, sont dans la clientèle des Carnutes, l'un des plus vieux peuples de la Celtique. Il y a des Yellaves, à la fois en Belgique et dans le Velay, des Centrons chez les Nerviens et dans les Alpes. Les plus puissants des Belges s'étaient fait des partisans dans la Celtique au point d'afficher la prétention de disputer aux Arvernes et aux Eduens la prédominance sur la Gaule entière ; au contraire, les derniers envahisseurs qui avaient pris possession des forêts et des marécages des Flandres, de la Campine et de la Hollande choquaient encore César par une rudesse de mœurs voisine de la barbarie d'outre-Rhin, quoiqu'ils eussent déjà, eux aussi, — remarquonsle, — des monnaies dont les légendes sont gauloises.

Le climat de la Belgique est de deux degrés plus froid que celui de Paris ; il est aussi plus exposé au vent de mer, plus variable et pluvieux. Celui de la Hollande est encore plus humide et beaucoup plus brumeux. L'amplitude des forêts, des lagunes, des terres tourbeuses, des côtes maritimes, l'absence de vignobles, la différence des cultures, tout cela engendre des particularités et des contrastes dans les modes, les usages des habitants, leur tempérament, leur tournure d'esprit, et cela en dehors de toute question d'origine ethnique. Cette influence de l'habitat a une bien autre portée sur la formation du particularisme local que la tradition venant de migrations dont tout souvenir réel a disparu depuis des siècles. Est-ce qu'un Pro-

vençal ou un Gascon transporté à Anvers pourrait y vivre comme à Nice ou à Bordeaux ? Il serait bien vite obligé de se plier aux mœurs des Anversois ; et réciproquement, un Flamand domicilié à Montpellier devient Méridional d'autant plus vite qu'il a moins l'idée de retourner dans son pays d'origine.

Les Gaulois de la Belgique sont donc plus rudes que ceux de la Celtique. Après avoir signalé le tempérament ardent et guerrier de tous les Gaulois, Strabon, comme César, observe qu'ils sont plus belliqueux à mesure qu'ils habitent plus loin vers le nord. Parmi les quinze peuples belges répandus le long de l'Océan et dans tout le pays compris entre le Rhin et la Loire1, les Bellovaques et les Suessions sont les plus braves.

Les Gaulois de la Belgique comme ceux de la Celtique ont des villes, des forteresses, des bourgs, des villages, de grands centres de marchés ruraux ; leur pays est sillonné de routes qui continuent celles de la Celtique et où les distances sont comptées en fonctions de la lieue gauloise ; et cette unité a constitué un comput si invétéré dans les usages, que les Romains l'ont respecté et qu'il a persisté jusqu'à nos jours. Ces routes qui s'entrecroisaient sur toute la surface de la Gaule, en mettant toutes les cités en constants rapports d'affaires les unes avec les autres, étaient comme le lien qui consolidait le faisceau de la race et de la nationalité gauloise.

Au point de vue du régime politique, les peuples gaulois ont parfois des rois : tels, les Suessions, les Atrébates, les Eburons, les Carnutes, les Arvernes ; l'institution royale était admise aussi bien dans la Gaule Belgique que dans la Gaule Celtique. Toutefois, le plus souvent, chez tons, c'est le régime républicain aristocratique, avec des magistrats annuels et un sénat. Les chefs des familles aristocratiques ont les hommes libres dans leur clientèle ; leur richesse leur permet de lever et d'entretenir des armées souvent considérables. L'Helvète Orgétorix a jusqu'à dix mille soldats enrégimentés, sans compter ses clients et ses esclaves.

Les peuples Gaulois ont des lois écrites; ils pratiquent le

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