‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 56 sur 211 · C. Julliak, Histoire de la Gaule, t. Il, p · texte numérisé non relu

C. Julliak, Histoire de la Gaule, t. Il, p

commune et d'interpréter à sa guise ce qu'il regarde comme étant l'intérêt général de la patrie gauloise.

Les peuples de la Grèce n'agirent-ils pas de même, le jour où les Perses envahirent l'Attique, pour échouer à Marathon et à Salamine ? Chaque cité grecque autonome renfermait dans son sein des partis qui, se disputant l'influence et le pouvoir, s'excluaient l'un l'autre, parfois avec une extrême violence. Il n'est guère d'Etat grec qui n'ait connu ces luttes entre les factions démocratique et aristocratique, entre la tyrannie populaire et l'oligarchie. Ainsi en était-il également chez les Gaulois.

En Grèce, les tyrans et les aristocrates étaient partisans des Perses, tandis que le parti démocratique se montra toujours ardent à la lutte contre les Asiatiques. Chez les Gaulois, les grands et le Sénat sont pour l'alliance avec Rome ; la plèbe et le chef qu'elle se choisit sont hostiles à César, veulent la liberté, l'indépendance, la résistance aux Romains. L'histoire intérieure de Cartilage présente un spectacle analogue.

Ainsi, les factions rivales dans le sein de chaque cité gauloise, les dissensions entre les cités, leurs jalousies, leurs querelles, leurs divergences de vues, leurs trahisons ne sont pas plus extraordinaires et ne doivent pas être envisagées autrement que celles des peuples de la Grèce, ou même, que les luttes politiques et religieuses chez les nations modernes.

L'institution qui maintenait le sentiment national chez les Gaulois et sur laquelle ce sentiment s'appuyait, était l'assemblée générale annuelle que César appelle le Concilium totius Gallise{. Le rôle de ce conseil est mal connu, mal défini; dans la période où nous le voyons fonctionner, ses décisions sont parfois dédaignées et n'ont plus de sanction. C'est une institution qui languit. Mais elle était des plus anciennes et avait eu jadis une portée politique fondamentale. Ses réunions avaient lieu primitivement sur le territoire des Carnutes, en pleine forêt, sur la convocation et sous la présidence des Druides. Le lieu de l'assemblée, un vieux sanctuaire national sans doute, était censé l'ombilic de la Gaule, le milieu de son territoire :

1. Voir surtout pour la critique des sources relatives à ce Concilium de toute la Gaule, l'étude approfondie de M. C. Jli.liw, Revue celtique, t. XXIII, octobre 1902.

quae regio totius Galliœ média habetur, dit César1, de même que Delphes passait pour Yomphalos de la Grèce.

A l'époque de César, bien que les réunions du Conseil général de la Gaule ne soient plus très régulières, elles n'en existent pas moins et le Conseil est convoqué dans les circonstances graves qui intéressent le pays tout entier. Le seul fait de son existence suffirait à attester le lien de solidarité qui groupait en faisceau tous les peuples gaulois. Ici encore, nous trouvons une analogie dans les assemblées amphictyoniques des Grecs qui, elles aussi, avaient un caractère à la fois religieux et politique et dont les décisions n'étaient pas respectées par tous et ne comportaient pas de sanction bien efficace.

César attache une grande importance à ce Conseil général de la Gaule ; sa constante préoccupation est de s'y créer des partisans et de le confisquera son profit, comme Philippe de Macédoine se crée des partisans dans les conseils amphictyoniques des Grecs. César comme Philippe, affectera de n'être que l'exécuteur des décisions du Conseil général des Gaulois.

Le seul fait qu'après sa victoire sur les Helvètes, « des envoyés de presque toute la Gaule, chefs des cités, se rendent auprès de César pour le féliciter et lui demandent qu'une assemblée de toute la Gaule soit convoquée », ce seul fait, disons-nous, atteste que les peuples gaulois se sentaient des intérêts communs et qu'ils comprenaient l'union et la solidarité nationales. Que cette convocation fut ou non périodique, régulière, légale, obligatoire, qu'importe ! Qu'importe aussi le degré de cohésion qu'elle suppose ! Ce coiiciliuni totius Galliœ existe ; voilà le point essentiel. Ce sont les chefs des cités gauloises qui veulent cette convocation ; ce n'est pas César qui la leur impose comme un usage romain; d'ailleurs, César n'a imposé aucun usage romain aux Gaulois.

Dans toutes les circonstances graves où l'intérêt général de la Gaule est en jeu, le Conseil général est convoqué, soit par les ennemis des Romains et pour leur opposer une résistance concertée par tous, soit par César, lorsqu'il se croit sûr d'avance

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