‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 58 sur 211 · César, Bell. Gall., VI · texte numérisé non relu

César, Bell. Gall., VI

ment les alliés de César. Ils avaient dans leur pays, outre leurs villes, leurs bourgs et leurs oppida, d'immenses forêts et des champs incultes où se réfugiaient des nomades, des vagabonds et des brigands de Germanie; de là, insécurité des villages, parfois des villes, pillage des récoltes, attaque des convois sur les chemins, etc. La milice de ces peuples est insuffisante pour faire la chasse à ces pillards. Ils ont besoin de César et des légions.

Chez les peuples moins avancés en civilisation et pauvres, de semblables considérations ont moins de portée ; ils ne croient pas au péril germain, mais au péril romain. Ils l'emportent dans certaines délibérations du Conseil général. C'est dans une réunion de ce Conseil que la révolte générale contre César fut décrétée.

L'insurrection du Trévire Indutiomar et des Eburons Ambiorix et Cativolc s'appuie sur une délibération secrète de délégués de toute la Gaule. C'est également une assemblée générale, tenue à Bibracte, qui confirme le choix de Vercingétorix comme généralissime des Gaulois, et ici encore, les Gaulois de la Celtique ne sont pas seuls appelés à délibérer, ce sont aussi ceux de la Belgique et de l'Aquitaine. Rappelons en deux mots des faits bien connus, d'après les Commentaires.

En l'an 52 avant J.-C, après la paix qui suivit la campagne contre Ambiorix, César étant reparti en Italie, « les personnages les plus considérables de la Gaule convoquent des conciliabules dans des lieux solitaires, au fond des bois... Ils déplorent le sort de la Gaule,... ils méditent de rendre à la Gaule la liberté et l'indépendance... Ils préfèrent la mort, disent-ils, sur le champ de bataille, plutôt que de ne point reconquérir la vieille gloire militaire et la liberté qu'ils ont reçue de leurs ancêtres ».

Les Carnutes, les premiers, offrent d'affronter tous les périls pour le salut commun. Ils commencent par massacrer les Romains qui s'étaient établis à Genabum, et le mouvement s'étend à toute la Gaule. Le chef arverne Vercingétorix, fils de Celtil qui avait eu le principat de la Gaule entière, prend part à l'insurrection, « pour la liberté commune ». C'est aux vieux souve-

nirs de gloire de la patrie gauloise qu'il fait appel. César le reconnaît : « Il y eut alors chez les Gaulois, dit-il, une telle ardeur unanime pour reconquérir la liberté et pour ressaisir l'ancienne gloire militaire de leur race, que même les anciens amis de Rome oublièrent les bienfaits qu'ils avaient reçus d'elle, et que tous, de toutes les forces de leur âme et de toutes leurs ressources matérielles, ne songèrent plus qu'à combattre. »

En signe d'Union sacrée tous les peuples gaulois réunissent leurs étendards (conlatis militaribus signis). Ils se rangent sous le commandement de Vercingétorix ; on lui décerne le titre de roi. Ce sont, entre autres et pour ne citer que ceux du nord et de l'est, les Suessions, les Ambiens, les Bellovaques, les Médiomatrices, les Nerviens, les Morins, les Atrébates, les Rauraques, les Boiens ; les peuples du Rhin comme ceux de l'Armorique envoient leurs contingents. Etait-ce donc là une association factice et sans âme comme le ramassis des hordes germaines se ruant sur la Gaule ? Malheureusement, l'amour de la Patrie et de son indépendance, quelque ardent qu'il existât au fond du cœur des Gaulois, fut moins fort, chez quelques-uns, que les passions et les haines des partis1. Gomme toujours en pareils cas, les dissidents et les lâches n'osent l'avouer et cherchent des prétextes pour expliquer leur honteuse attitude. Les Trévires qui, cette fois, ne répondent pas à l'appel de Vercingétorix, prétendent que « ce n'est point, disent-ils, par sympathie pour les Romains ni par crainte, mais seulement parce qu'ils sont trop loin et qu'ils sont menacés par les Germains 2 » .

Ce n'est point l'absence du sentiment national, c'est le particularisme jaloux de certaines cités gauloises, qui a été funeste à l'indépendance de la Gaule. Le régime de la cité (civitas), développé chez les Gaulois comme chez les Grecs, jusqu'à l'autonomie, avait les plus graves inconvénients lorsqu'il s'agissait de délibérer pour une prise d'armes générale. Avec un pareil état politique, qui oserait affirmer qu'il n'en serait pas encore de même aujourd'hui ? La défection des Trévires, des Lingons et

1. Fustel de Coulasges, Histoire des Institutions, t. I, p. 57.

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