CÉSAR ET LES HELVÈTES
Outre les deux grands partis politiques des Arvernes et des Éduens qui se disputaient l'hégémonie de la Gaule, il s'était formé, dans l'ombre, peu avant l'arrivée de Jules César, une troisième l'action qui aurait voulu, par une conspiration et un coup de main, bénéficier de la rivalité des deux autres : c'était le parti des Helvètes, les Gaulois les plus rapprochés des Germains, avec les Séquanes et les Médiomatrices.
Les Helvètes dont l'affinité gauloise est indubitable, avaient séjourné longtemps en Germanie, sur les bords du Mein et du Neckar ; une de leurs tribus, celle des Tigurins, avait même pris part à la grande invasion des Gimbres. Un demi-siècle avant l'arrivée de César, ils étaient donc encore un peuple instable et dans la barbarie germanique. Aussi, en 59 avant notre ère, ne se trouvaient-ils point en situation d'aspirer à la suprématie sur les autres peuples gaulois. Seule, l'ambition inconsidérée d'un chef pouvait leur inspirer une prétention aussi exhorbitante.
Le Rhin dans l'histoire. — I. 11
Orgétorix fut ce chef audacieux. Il était le plus illustre de sa tribu par sa naissance, ses richesses, sa clientèle, les soldats qu'il entretenait et dont le nombre atteignait 10.000. Gomme les rois arvernes, il rêva l'empire de toute la Gaule l. Il entraîna dans son projet la noblesse et les guerriers de son pays, avec d'autant plus de facilité que non seulement les Helvètes avaient le caractère belliqueux, mais ils méditaient un exode en masse. Le voisinage des odieux Germains les inquiétait sans cesse ' «les Helvètes, dit César, ont presque tous les jours des combats à soutenir contre les Germains, soit pour repousser leurs incursions, soit en portant eux-mêmes la guerre en Germanie2. » Cette lutte incessante sur le Rhin leur rendait la vie dure. En outre, la population des Helvètes s'étant considérablement accrue, ils se trouvaient à l'étroit dans leurs vallées montagneuses3. Encore pénétrés des mœurs germaines, ils n'avaient point eu le temps de s'attacher à la glèbe qu'ils cultivaient. Bien qu'ils eussent des bourgs, ils ne faisaient que s'acheminer vers la connaissance et la mise en pratique de la propriété foncière individuelle.
La migration était donc restée chez eux, comme chez les Boïens, les Volques Tectosages et d'autres Gaulois, une sorte d'impulsion atavique. Ils voulaient plus d'espace, un pays plus grand, sous un climat moins rigoureux. D'après leurs information, le sud-ouest de la Gaule, avec ses landes immenses, encore inhabitées, leur offrirait ce home confortable et paisible.
Orgétorix entreprit d'exploiter au bénéfice de son ambition cette humeur turbulente et voyageuse des Helvètes. Le départ fut décidé. Les préparatifs auxquels on procéda méthodiquement durèrent trois ans. Il fallut rassembler une immense quantité de bêtes de somme et de chariots, récolter des céréales pour s'assurer des vivres pendant la marche, engager des négociations avec les peuples voisins. Orgétorix mit dans la confidence de ses projets, le Séquane Castic et l'Eduen Dumnorix. Ensemble, ils se flattaient de l'espoir « qu'au moyen de cette ligue des trois peuples les plus puissants et les plus braves, ils