LES RAURAQUES ET LES SEQUANES
Les voisins des Helvètes, sur la rive gauche du Rhin, étaient les Rauraques, qu'ils entraînèrent dans leur migration avortée. Leur pays comprenait à peu près le canton de Bâle actuel et toute l'Alsace du nord, c'est-à-dire le Sundgau jusqu'à Colmar ou Argentovaria, aujourd'hui Horbourg (à deux kilomètres de Colmar). Comme, au moment de la migration, ils étaient seulement 23.000, il faut en conclure, ou bien qu'une portion seulement d'entre eux prit part à l'exode ou que leur pays était très peu peuplé. La forêt de la Hart qui longe le Rhin, depuis Mulhouse jusqu'à Colmar, les Vosges, les bois des collines du Jura, du comté de Ferrette et des environs de Bâle, étaient beaucoup plus étendus que de nos jours et descendaient plus bas dans la plaine.
Les Rauraques bien que s'étant alliés aux Helvètes n'étaient point une tribu d'Helvètes; ils étaient des Séquanes. César les englobe dans la grande nation des Séquanes ; voilà pourquoi c'est sans les nommer qu'il énumère les peuples dont le Rhin baigne les territoires : les Attuates (pays de Coire), les Helvètes, les Séquanes, les Médiomatrices, les Triboques, les Trévires. Argentovaria (Colmar) est donnée par Ptolémée comme une station de la cité des Rauraques ; elle se trouvait aux confins du pays des Médiomatrices. C'est donc par leur tribu des Rauraques que les Séquanes touchaient au Rhin.
Mais bientôt, et dès le début de la domination romaine, les Rauraques devaient prendre plus d'importance, à cause des légions qui tinrent garnison chez eux, en raison aussi des routes commerciales et militaires qui vinrent se croiser dans leur pays et dont les Romains améliorèrent et développèrent sans cesse le réseau. Le territoire des Rauraques fut toujours un carrefour de routes. Dès avant de fonder la colonie romaine de Lyon, L. Munatius Plancus vint installer chez les Rauraques une colonie qui prit, sous Auguste, le nom de colonia Augusta Rauracorum (Augst); ses ruines attestent son importance. Bâle lui fut substituée plus tard. Le pays des Rauraques, élevé au rang de civitas, fut indépendant des Séquanes de la Franche- Comté. Quoi qu'il en soit, au moment de l'arrivée de Jules César, des populations gauloises sédentaires, les Helvètes, les Rauraques et les Séquanes occupaient d'une manière indiscontinue toute la Suisse rhénane et toute la Haute-Alsace.
Les Séquanes, voisins des Helvètes, du côté de l'ouest, installés en Gaule plusieurs siècles avant eux, plus cultivés et plus puissants, avaient pour capitale Vesontio (Besançon). Leurs confins étaient, à grands traits, le Rhin jusqu'à Colmar, les Vosges, le versant occidental du Jura, la Saône qui les séparait des Eduens, enfin les dernières pentes des Faucilles et du plateau de Langres. Ils avaient fort à faire pour défendre leur frontière du Rhin contre les Germains avec lesquels, — César nous le dit, — ils étaient continuellement en guerre. Pourtant, le cas échéant, ils trouvaient leur compte à prendre des Germains à leur service, comme soldats mercenaires, bergers, serviteurs à gages. C'est ce qu'ils firent avec les Suèves d'Arioviste qui les aidèrent à battre leurs voisins, les Eduens. Mais ils eurent lieu, bientôt, de se repentir d'avoir ainsi attiré chez eux les Barbares d'outre-Rhin.
C'est par l'intermédiaire des Séquanes aussi bien que par celui des Rauraques et des Helvètes, que se faisait tout le commerce de la Gaule avec la vallée du Danube, la Macédoine et la Grèce. D'autres voies commerciales, venant de la vallée du Rhin et de la Moselle passaient par le pays des Séquanes pour gagner les cols des Alpes, chez leurs voisins du sud, les Allô-
Ui LE RHIN DANS L'HISTOIRE
broges. Si l'industrie moderne a creusé le canal du Rhône au Rhin, nous ne devons pas oublier que les Romains avaient projeté de réunir la Saône à la Moselle. Du Rhin par la trouée de Belfort ou Porte de Bourgogne, on gagnait facilement la vallée du Doubs et celle de la Saône, c'est-à-dire Lyon, la capitale romaine de la Gaule.
D'un autre côté, les marchands passaient du bassin de la Seine dans celui du Rhône, en traversant par colportage le pays des Lingons. Un droit de péage sur les bateaux de la Saône fut, au témoignage de Strabon, l'objet de vives contestations entre les deux peuples riverains, les Eduens (cité d'Autun) et les Séquanes (cité de Besançon). C'est du pays des Séquanes, nous dit le même géographe, que provenait le meilleur porc salé qu'on mangeait à Rome, de son temps.