Suktohe, Domilien
son maximum au début de juin. Telle est la force capricieuse du courant qu'on cite, dans les derniers siècles, des bourgs entiers qui furent comme expatriés par lui ; ils sont passés d'une rive sur l'autre du fleuve par suite du déplacement de son lit. En 1570, le village de Neubourg, au confluent de la Lauter, en Basse-Alsace, qui avant l'hiver était sur la rive droite, s'est trouvé au printemps sur la rive gauche, le Rhin s'étant frayé un chemin de l'autre côté. La même aventure est arrivée à Brisach, d'où Vieux-Brisach sur un rocher, dans le duché de Bade, et Neuf-Brisach en Alsace ont été disjoints1. La riche abbaye de ïïonau et la vieille ville de Rhinau furent englouties par le torrent, aux XIIIe et xive siècles 2. Schœnau, Drusenheim, Schattmatten, qui étaient sur la berge du fleuve au xvne siècle, en sont éloignées aujourd'hui de deux ou trois kilomètres3.
Eli, l'antique Helellus ou Helvetus, près de Benfeld, avait des fabriques de bijoux et d'armes dont les produits n'étaient pas moins appréciés des Anciens que les poteries de Saletio (Seltz). Les alluvions de 1' 111 et du Rhin recouvrent aujourd'hui ces antiques ateliers4.
Ne m'a-t-on pas cité un bourg d'Alsace qui fit construire, à grands frais, un pont en pierre sur le lit habituel d'un bras du Rhin, généralement à sec durant l'été. Une fois venue la saison des crues, on vit le Rhin, vraiment facétieux, se tracer un autre cours bien loin du pont préparé pour le recevoir ; dans la suite des temps, les mauvais plaisants voulaient faire passer le pont inutilisé pour un ancien arc de triomphe.
Jadis bien plus qu'à présent, les îles du Rhin, heurtées par la violence des flots, rongées par le courant, étaient défendues, ici, par les racines chevelues des roseaux, des aulnes, des frênes et des ormes; là, par des fourrés épineux, des souches de saules morts, si bien que ce rideau forestier empêchait qu'on pût voir d'une rive à l'autre. C'est à cette partie alsacienne du Rhin, aussi bien qu'à celle qui va de Constance à Bâle, ou encore