CÉsAn, Bell. Gall., I
de Germains ne passent le Rhin; qu'il défende la Gaule entière contre les violences d'Arioviste 1 ! »
César qui ne demandait pas mieux que d'intervenir écouta avec une bienveillance empressée les supplications de Divitiac. Il jugea qu'il y avait danger pour la République « à laisser les Germains s'habituer à passer le Rhin et à venir en grand nombre dans la Gaule. Ces peuples grossiers et barbares, une fois en possession de la Gaule entière ne manqueraient pas, sans doute, à l'exemple des Cimbres et des Teutons, de se jeter sur la Province romaine et de là sur l'Italie2 ».
César raconte avec une insistance calculée que ce fut à la requête des députés de tous les peuples de la Gaule, réunis en assemblée générale [concilium tôt lus Galliœ), qu'il marcha contre les Suèves. Les tribus germaines s'étaient ébranlées derrière Arioviste, comme auparavant avec les Cimbres et les Teutons, comme elles s'ébranleront cinq siècles plus tard derrière Attila, comme elles s'ébranlent aujourd'hui derrière un Hohenzollern : l'histoire est un perpétuel recommencement. Dans l'armée d'Arioviste, il y avait les Suèves, les Harudes, les Marcomans, les Triboques, les Vangions, les Némètes, les Séduses. Toute la ligne du Rhin était menacée. Au moment d'entrer en campagne, César reçut une députation des Trévires qui venait l'informer que cent cantons ou groupes de clans des Suèves (pagos centum Suevorum), campés sur la rive droite du fleuve, tentaient de le traverser, sous la direction de Nasua et de Cimber. César risquait d'être débordé; il s'empressa d'occuper la place forte de Vesontio (Besançon), puis il invita Arioviste à une entrevue. « Si César a quelque chose à me dire, qu'il vienne me trouver, répond le Barbare ; je ne suis pas son inférieur et c'est à celui qui a besoin d'un autre à se déranger. »
Arioviste était, comme tant d'autres chefs indigènes, anciens et modernes, un barbare frotté de civilisation. Il s'intitulait roi des Germains, comme Attila, roi des Huns. Il avait habité Rome; les Romains lui avaient reconnu le titre de roi, et César, alors consul, l'avait fait placer par le Sénat au nombre des amis et