César, Bell. Gall., I
des alliés du peuple romain (rex atque amicus a Senatu appellatus). La langue parlée par les Suèves était une langue germanique, mais César nous dit qu'Arioviste avait appris le gaulois durant son séjour prolongé en Gaule. Les formes extérieures de civilisé qu'il avait contractées dans sa fréquentation des Romains et des Gaulois ne parviennent pas toujours à maîtriser son tempérament de Germain : de temps à autre il a des échappées de colère, des caprices de violence et de cruauté. Son nom seul, quand il est prononcé, épouvante les Gaulois parce qu'il évoque les actes de férocité qu'il a commis à leur égard. Grisé, mis hors de lui par ses succès inespérés, il croit que désormais rien ne peut plus lui résister, et son insolence n'a plus de bornes.
Les honneurs qu'il a reçus du Sénat et dont il est extrêmement fier, loin d'amener son cœur aux Romains, n'ont fait que le gonfler d'orgueil. Il veut traiter d'égal à égal avec Jules César. Quand ce dernier, à diverses reprises, lui fait proposer une entrevue, il se défie, en barbare; il croit qu'on veut le faire tomber dans un guet-apens. Afin de le rassurer il faut choisir pour l'entrevue un tertre au centre d'une vaste plaine nue; chacun des deux chefs ne devra être accompagné que de dix hommes.
César demande au chef barbare comme condition de paix, de ne plus molester les Eduens et leurs alliés, de rendre les otages, « et s'il ne peut renvoyer chez eux aucune partie des Germains, qu'au moins il ne permette pas à d'autres de passer le Rhin » . Arioviste répond en faisant valoir cette considération qu'il n'a passé le Rhin qu'à la prière et à la sollicitation des Gaulois eux-mêmes ; que les contrées qu'il occupe en Gaule lui ont été concédées par les Gaulois, de leur plein gré. Si César consent à s'éloigner, il se mettra lui-même à la disposition et à la solde des Romains ; il combattra pour eux partout où César voudra porter la guerre. Les Cimbres et les Teutons avaient, autrefois, fait une offre de services analogue à Marius.
Telle était déjà la déloyauté des Germains que le colloque de César et d'Arioviste fut rompu brusquement par une attaque des cavaliers barbares. Le lendemain, le chef des Suèves, comme si rien ne s'était passé, fit redemander à César une nouvelle
entrevue que le général romain refusa. De la part cTArioviste e'était un moyen de gagner du temps, parce que les sorcières qui accompagnaient son armée et qu'il avait consultées, avaient déclaré qu'il ne fallait pas engager la bataille avant la nouvelle lune.
Le combat fut acharné. Les Germains presque nus, poussant d'horribles cris, se précipitèrent en désordre ; ce fut une ruée en rangs serrés : il y eut un corps à corps terrible ; les Barbares déchiraient les chairs de leurs adversaires avec leurs dents. Leurs cavaliers agiles sautaient de leurs montures, de temps à autre, pour combattre à pied, puis couraient rejoindre leurs chevaux afin de se porter sur un autre point1. Refoulés par les légions, les Barbares se réfugièrent dans leur camp protégé par une enceinte d'équipages et de chariots. « Placées sur ces bagages, les femmes tendaient les bras aux soldats qui combattaient, en les conjurant de ne point les laisser tomber en esclavage aux mains des Romains 2. »
Sur le point d'être fait prisonnier, Arioviste s'enfuit avec ses cavaliers et réussit à regagner la rive du Rhin. « Quelques Germains, raconte César, confiants dans leur force musculaire essayèrent de passer le fleuve à la nage, d'autres se sauvèrent sur des barques ; de ce nombre fut Arioviste qui, trouvant une nacelle attachée au rivage, s'échappa ainsi. Tous les autres furent taillés en pièces par notre cavalerie qui s'était mise à leur poursuite. »
C'est auprès de Cernay, dans la lande aride appelée Ochsenfeld, « le champ des Bœufs », qu'on s'accorde à placer le lieu de la bataille. C'était, dans tous les cas, à 50.000 pas du Rhin, dans la trouée de Belfort, vers le débouché des vallées de la Doller et de la Thur. L'ancienne voie romaine de Besançon à Brisach traverse cette plaine. Les habitants de la rive gauche du Rhin, « voyant les Suèves épouvantés, les poursuivi™ rit et en tuèrent un grand nombre3 ». C'est vraisemblablement à Brisach, à la limite du pays des Séquanes, qu' Arioviste repassa le Rhin4.