‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 76 sur 211 · Ammiex Margellih, XVI, 12, 58 (anno · texte numérisé non relu

Ammiex Margellih, XVI, 12, 58 (anno

des Suèves, étaient d'une importance si médiocre que les géographes anciens négligent jusqu'à leurs noms. Surtout, elles n'expulsèrent jamais les habitants Médiomatrices qui les accueillirent. Elles ont voisiné, cohabité; elles se sont mélangées à eux, humblement; dans la suite des temps l'élément germanique, de plus en plus nombreux, a fini par submerger les Gaulois autochtones, mais ces derniers n'ont jamais été chassés en masse; ils sont demeurés à la base de la population sédentaire.

Des découvertes archéologiques récentes permettent de confirmer ces inductions historiques.

Dès avant la domination romaine, les Médiomatrices qui comptaient parmi les peuples de la Gaule Belgique les plus avancés en civilisation, avaient des villes, des forteresses, des bourgs, des fermes rurales [aedificia) pour l'exploitation agricole de leurs champs. Leur gouvernement était pourvu de rouages administratifs réguliers et assez compliqués pour comporter la frappe des monnaies. Rien de tout cela chez les Triboques, les Némètes et les Yangions.

On a retrouvé dans les forêts du pays des Médiomatrices, les restes de pauvres maisons rurales de l'époque gauloise et .gallo-romaine, et tout porte à croire que ce sont, en grande partie, les demeures des Germains immigrés dans le pays. Ces vestiges d'habitations sont connus sous le nom de maiclelles ; les Lorrains les désignent parfois aussi sous l'appellation populaire de « Mares au diable » ou « Mares aux païens ». On en a exploré plus de cinq mille en Lorraine, sur les collines, dans les plaines, sur l'emplacement d'anciennes forêts, dans des clairières ou à la lisière des bois. D'ailleurs, il en a été signalé de semblables dans d'autres parties de la France, et elles sont très fréquentes en Allemagne. N'est-il pas curieux de constater, en ce qui concerne le pays des Médiomatrices, que ces mardelles n'ont été établies que dans les régions les plus éloignées de Metz, la capitale, et en général, en dehors des grandes voies de communication de l'époque romaine? C'étaient des maisons forestières et d'exploitation rurale. Les archéologues considèrent qu'elles devaient être « des huttes à demi souterraines couvertes de branchages et d'argile ». Elles correspondent assez bien à la

description que fait César des habitations [casse] populaires des Gaulois, que représentent des bas-reliefs gallo-romains. Des huttes analogues étaient habitées par les Germains ; d'après Tacite, elles étaient en partie souterraines, pour servir d'abri contre la rigueur du froid en hiver et les chaleurs en été.

Le plan des mardelles est le plus souvent rond, quelquefois carré ; la portion souterraine, dont la profondeur varie de 2 à 5 mètres, pouvait servir de cave ou de magasin, comme aujourd'hui dans les cabanes de bûcherons; d'autres parties ont une aire de terre battue comme nos granges actuelles de Lorraine ou de Champagne. Un plancher formait sans doute le sol destiné à l'habitation. Les murs étaient en pisé soutenu par des poutres et des charpentes. Il en est enfin qui ont dû servir d'étables pour les bestiaux et les troupeaux.

Chez les Médiomatrices, les mardelles se rencontrent tantôt isolées au milieu des champs ou des bois, tantôt groupées, parfois en si grand nombre qu'elles paraissent avoir constitué des villages de pauvres gens. On ne saurait, par conséquent, les confondre avec les ruines des œdificia gaulois ou des villas gallo-romaines, souvent somptueuses, comprenant l'habitation du maître et des esclaves, les thermes et dépendances agricoles, dont les ruines sont disséminées dans les riches vallées du pays messin et rhénan comme dans toute la Gaule. « On ne rencontre, remarque Albert Grenier, aucune mardelle dans les fertiles vallées de la Moselle et de la Seille, parce que précisément les villas gallo-romaines y abondent. »

Au contraire, les confins des forêts étaient occupés par les Germains qui vivaient de la cueillette dans les bois, de leur chasse, de la récolte des champs qu'ils avaient défrichés, protégeant les Médiomatrices, leurs bestiaux et leurs sillons emblavés contre les fauves, maraudant bien aussi quelque peu dans leurs jardins. Aujourd'hui, dans les forêts des Vosges, on rencontre, à chaque carrefour, des cabanes faites d'énormes troncs de sapins, d'écorces et parfois aussi de murs en pisé, qui doivent ressembler aux huttes ou baraques des anciens Médiomatrices ou de leurs clients, ces Triboques loqueteux auxquels ils avaient bénévolement donné asile.

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