Tacite, Hist., IV, 12 et
Au sud des Frisons, sont cantonnés, vers la fin du icl siècle de l'ère chrétienne, les Chamaves, les Ampsivariens; les Chauques, ceux-ci se développant jusqu'aux bouches de l'Elbe ; sur les bords de la Lippe, les Bructères et les Sicambres ; à Cologne, garnissant les deux rives du Rhin, les Ubiens, sédentaires et plus civilisés, en butte aux attaques des autres Germains. Les Ghérusques sont dans les forêts marécageuses ou montagneuses de la Westphalie, de la Hesse et du Hanovre, autour du bassin supérieur du Weser, jusqu'aux montagnes du Harz. Les Tenctères et les Usipètes, peuples frères, sont en face de Bonn et de Coblence; les Cattes et les Mattiaques, sur les pentes duTaunus et jusqu'au confluent du Mein, devaient être des premiers à rester sédentaires, sous le protectorat des Romains qui leur barrèrent la route du Rhin. Puis, en remontant le fleuve jusqu'à l'embouchure du Neckar, on rencontre avant César, les Vangions, les Némètes, les Triboques, errant à la remorque des Suèves. Ceux-ci, agglomération bigarrée de tribus pillardes, venues de l'intérieur de la Germanie, inondent les hautes vallées du Rhin et du Danube, inquiétant sans cesse les Helvètes et les Séquanes, descendant sur la rive droite jusque dans le voisinage des Ubiens. Au sud de la forêt Hercynienne, c'est-à-dire dans la Souabe et la Bavière, s'étalent de hautes plaines et de belles vallées propices à la culture, qu'étaient venus occuper des peuples d'origine gauloise, les Boïens et les Volques Tectosages. Ils avaient pour voisins les tribus des Hermondures, disséminées dans le bassin supérieur du Mein et du Neckar.
A l'orient de ce rideau de peuples instables qui vont bientôt se heurter aux Romains, se meuvent, plus mobiles encore, les Longobards, les Teutons, les Semnons, les Marcomans : ces derniers, groupés sous la main du plus grand des Barbares, Marbod ou Marobod, s'apprêtent à constituer un vaste empire de sédentaires dans la Bohême, dominant les Celtes autochtones. Les Gépides, les Gotons, les Vénèdes, les Burgondes sont encore, à cette époque, sur les bords de la Vistule, voisins des Goths de Scandinavie, des Sarmates et des autres semi-nomades de la Seythie.
Plusieurs de ces tribus étaient déjà en Germanie depuis une
période de temps assez longue, tandis que d'autres venaient seulement d'émerger de la steppe scythique. Leur état social est intermédiaire entre celui des purs pasteurs et celui des agriculteurs attachés à la glèbe de leurs pères. Ils n'habitent plus sous la tente, mais dans des huttes qui font songer aux gourbis des Arabes. Dans le nord de la Germanie, ils construisent leurs cabanes sur pilotis, dans les marais aux émanations insalubres, pour échapper aux surprises nocturnes.
Le Germain de César, vêtu de peaux de bêtes, armé de l'arc, de la framée et du glaive, toujours sur le qui-vive, passe une bonne partie de son temps à défendre ses troupeaux de porcs, de moutons, de bœufs et de chevaux contre les attaques des fauves ou les vols des tribus de son voisinage. La chasse, la guerre et la récolte des châtaignes, des glands, des faînes, des noix et autres fruits naturels, l'occupent bien plus que les quelques poignées d'orge qu'il a confiées à la terre, à proximité de son village improvisé. Il rôde en paresseux, sous bois, dans des pistes et des sentiers qui le conduisent de clairière en clairière, parfois à travers un dédale de marécages.
Gomme les peuplades sauvages de l'Amérique ou de l'extrême Asie, les tribus germaines sont, les unes vis-à-vis des autres, dans un perpétuel état d'hostilité, incapables de se grouper autrement que pour une entreprise de pillage, au bout de laquelle les guerriers s'entretuent dans l'orgie, pour le partage du butin.
Souvent, une tribu émigré parce qu'elle fuit devant une autre plus forte qui la chasse et la poursuit1. L'histoire d'Arioviste nous a montré que, vers le temps de la conquête de la Gaule par les Romains, les tribus les plus redoutées en Germanie étaient celles des Suèves 2 ou Souabes, dont le nom paraît signifier « les hommes errants », die Schwebendc 3. Ils s'étaient appropriés de vastes terrains de parcours qu'ils étaient loin d'occuper en entier, mais où ils interdisaient à toute autre peuplade de mettre le pied.
Se rendre maîtres de campagnes désertes, libres de parcourir,
1. César, Bell. Gall., IV, 7 ; IV, 1 ; Strauo:*, IV, 3; Tacite, XIII, 55 et 29.