Jules Zeller, Histoire d'Allcmœjnc, t. 1, p
sans être inquiétés par quiconque, des solitudes immenses, c'était là la marque de leur puissance et de la crainte qu'ils inspiraient1. Chez les Germains, dit César « la plus grande gloire pour un Etat, c'est d'être entouré de vastes espaces et de pays ravagés par ses armes. Ils regardent comme le propre de la valeur, de forcer leurs voisins à abandonner leur territoire, et de faire que personne n'ose s'établir auprès d'eux. D'ailleurs, ils se croient ainsi plus en sûreté, n'ayant pas à craindre une invasion subite2.
Suivant la saison, l'abondance ou la disette de tels ou tels produits naturels, les Suèves se transportent dans un canton ou une vallée, montés sur leurs petits chevaux, faisant paître leurs troupeaux de gros et petit bétail, chassant le gibier et les bêtes féroces, se livrant à des danses religieuses et à des exercices guerriers.
La lisière de leurs forêts et leurs plaines découvertes étaient clairsemées de quelques villages composés de cabanes faites de branches d'arbres, où vivait la partie stable de la population, celle qui cultivait les champs, ensemençait et récoltait. Les hommes valides partaient à la maraude ou à la guerre, en nombre plus ou moins considérable, sous la conduite d'un chef, qui, s'il était heureux, entraînait parfois une armée entière. Ecoutez Jules César qui définit cet état social : « La nation des Suèves, dit-il, est la plus puissante et la plus belliqueuse de toute la Germanie. On dit qu'elle occupe 100 cantons (pagi) et que, de chacun de ces cantons, elle fait sortir tous les ans 1.000 combattants qui vont guerroyer à l'extérieur. Ceux qui restent dans le pays, le cultivent pour eux-mêmes et pour les absents. L'année suivante, ils prennent les armes à leur tour, et les autres restent chez eux. C'est ainsi que, sans jamais cesser de cultiver leurs champs, ils s'exercent continuellement à la pratique de la guerre. »
« Il n'y a point chez eux de propriétés séparées, possédées par un seul, et il ne leur est pas permis de demeurer, pour cultiver, plus d'un an dans le même lieu. Ils consomment peu de