‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 99 sur 211 · Tacite, Annales, I, Cl · texte numérisé non relu

Tacite, Annales, I, Cl

des chefs-d'œuvre de l'art antique, devait être la vaisselle plate

de Varus.

Le désastre de Varus remplit d'allégresse le monde barbare ; de deuil et de stupeur le monde romain. Auguste ne s'en consola jamais ; on le vit longtemps errer dans son palais en répétant comme un égaré : « Varus, Varus, rends-moi mes légions ! » On dit qu'averti par l'expérience il donna avant de mourir, en l'an 14, à Tibère son successeur, le conseil de ne pas agrandir l'empire davantage et de se contenter des possessions du Rhin. Désormais, en effet, les empereurs se borneront à faire des expéditions au delà du fleuve, mais sans arrière-pensée de conquête. Sauf la région du haut Rhin et des sources danubiennes, c'est-à-dire le duché de Bade et une partie du Wurtemberg, sur les limites de la forêt Hercynienne, pays en partie peuplé d'une race gauloise, les Romains n'annexeront à l'Empire sur la rive droite du Rhin, qu'une bande de territoire suffisante pour que la Gaule cessât de se trouver en contact direct avec la Germanie, et pour que la navigation du fleuve fut de toute sécurité pour les légions et les marchands.

Qu'on se garde bien de s'imaginer qu'après la réussite du guet-apens d'Arminius, assez semblable à ceux dont nos armées d'Afrique ont parfois été victimes de la part de tribus indigènes, le chef des Chérusques ait trouvé tous les peuples germains disposés à l'aider à maintenir ce que les Allemands appellent du nom sonore d'indépendance germanique. Nullement ! Arminius ne groupa jamais sous ses ordres que quelques tribus d'entre l'Elbe et le Rhin, comme un chef de bandes, pour un coup de main. Il ne réussit même pas à rallier tous les guerriers de sa tribu, ce qui montre bien que son attentat fut d'un chef isolé, et jusqu'à quel point toute idée de fédération était étrangère à l'esprit des Germains. Dans sa tribu, guerre intestine contre ses propres parents; au dehors, guerre avec Marbod, le grand chef des Marcomans qui avait fondé un empire en Bohême, au détriment des Gelto-Gaulois de cette région ; guerre avec les Ghauques et avec les Gattes, les voisins jaloux des Chérusques : tel fut le lot d'Arminius après regorgement des légions, en attendant la nouvelle expédition romaine qui devait l'abattre.

L'effroi causé à Rome par le massacre des légions de Varus fut si grand que Tibère, envoyé, dès l'an 12, pour le venger, avec une nombreuse armée, crut devoir s'entourer sur le Rhin de précautions dictées par l'extrême prudence. Il consultait ses lieutenants sur tous les détails de la campagne. « Sur le point de traverser le Rhin, raconte Suétone1, il assujettit tous les convois à une règle déterminée ; il n'en laisse passer aucun sans avoir examiné, debout sur la rive du fleuve, le chargement des transports. Lorsqu'il fut au delà du Rhin, il se fit une habitude de ne jamais manger que sur le gazon, de passer souvent la nuit sans tente, de donner par écrit tous ses ordres pour le lendemain. » Il recommande qu'on l'avertisse de tout, même la nuit. Il rétablit dans l'armée la plus rigoureuse discipline : il punit sévèrement le commandant d'une légion pour avoir envoyé quelques soldats chasser sur la rive droite dn fleuve avec un affranchi pour guide. Il fut victorieux, mais peu s'en fallut qu'il ne fut assassiné par un Bructère qui s'était introduit dans son camp.

Tibère revint triompher à Rome. Un splendide camée, — le plus beau que l'antiquité nous ait légué, — qui, volé en France au xvic siècle, est conservé aujourd'hui au musée impérial de Vienne, — est consacré à éterniser le souvenir du triomphe de Tibère. Mais la victoire était incomplète. Quelques mois avant de mourir, Auguste nomma à la tête des armées de Germanie, Germanicus, fils de Drusus : c'est lui le véritable vengeur de Varus.

La tâche était ardue. A l'avènement de Tibère, raconte Tacite2, il y avait sur le Rhin deux armées, celle du haut Rhin commandée par Silius, celle du bas Rhin sous les ordres de Gecina : tous deux subordonnés à Germanicus, légat de l'empereur. Celui-ci qui avait le titre de proconsul des Gaules, était occupé à la levée des impôts, lorsque la nouvelle lui parvint d'une sédition dans l'armée de Germanie inférieure. Castra Vetera (Xanten), en face de l'embouchure de la Lippe, était le principal foyer de la mutinerie dont les causes étaient la médio-

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