‹ Le Rhin francaisChapitre 10 sur 166 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Avricourt faisait partie du riche canton de Blamont dont le chef-lieu est encore en France, ainsi qu'un village voisin, Emherménil, cure de labbé Grégoire quand il fut envoyé par ses concitoyens aux états généraux de 1789. A la sortie d'Avricourt se détache l'embranchement de Dieuze, prolongé depuis l'annexion jusqu'à Bensdorf. Les fameuses salines de Dieuze livrent à la consommation pour plus de cinq millions de francs de produits. Cette petite ville était, au vieux temps des ducs, une place forte lorraine dont les abords furent longtemps défendus par l'inondation, grâce aux écluses de l'étang de Lindre. C'est ainsi que Tennemi dut s'éloigner en 1641. La grande voie romaine de Strasbourg à Metz passait dans le voisinage, à Tarquinipol, le Dccera Pagi de la table Théodosienne.

Aussitôt en route , nous traversons la forêt de Réchicourt-le-Château, autre forteresse du moyen âge. On entre bientôt dans l'ancien canton de Lorquin dont le sol est couvert de vestiges des lignes de retranchements élevés par les Romains. On traverse, puis on longe le canal de la Marne au Rhin dont rétablissement, dans la partie comprise entre la nouvelle et l'ancienne frontière sur un parcours de 104 kilomètres, a absorbé à lui seul plus de la moitié des crédits consacrés à l'entreprise ; il s'élève

d'écluses en écluses jusqu'à Arschwiller, où il franchit sous tunnel un dernier mamelon des Vosges d'une épaisseur de 2,300 mètres pour descendre ensuite de travaux en travaux, les 140 mètres d'altitude qu'il avait conquis.

Faut-il rappeler que l'Alsace-Lorraine était merveilleusement outillée, au moment de l'annexion, en canaux et en chemins de fer? Ces provinces possèdent avec les canaux du Rhône au Rhin, de la Marne au Rhin, de la Brusche, des houillères de la Sarre, de la Moselle et leurs nombreux embranchements, 360 kilomètres de voies navigables. Quant -aux chemins de fer, ils présentent aujourd'hui, à la suite de l'ouverture des lignes d'intérêt stratégique construites par les Allemands, un développement -d'environ 1,300 kilomètres ^

11 est très facile de se rendre compte de l'importance du réseau alsacien-lorrain en jetant un coup d'œil sur son ensemble. La grande artère rhénane

1. Le prix d'achat des lignes ferrées en territoire conquis payé par l'empire allemand a été de 327,700,000 francs. Cette somme s'est élevée à près de cinq cents milliotis par achat de matériel et constructions nouvelles. Il ressort d'un travail très complet sur cette matière publié par M. Charles Grad, député de Colmar au Reichstag, que le revenu net de ce capital ne dépasse guère 3 p. o/,j.

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