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CHAPITRE X

Metz, j'ai pu satisfaire pleinement ma curiosité. Je logeais dans un hôtel où les officiers d'un régiment prussien avaient pris pension.

A l'heure même où les Messins rentraient chez eux, après la cérémonie du cimetière Chambière, on banquetait à qui mieux mieux dans tous les hôtels. Avant d'entrer en campagne, les officiers allemands écornaient joyeusement leurs suppléments de solde.

Placé dans un petit salon voisin d'une immense salle où soixante officiers dînaient côte à côte, j'observais leur attitude. A travers le brouhaha violent des conversations particulières, quelques phrases tronquées arrivaient jusqu'à mes oreilles. Il était fortement question des manœuvres, des hypothèses rédigées par l'état-major, du récent voyage de l'empereur Guillaume à la frontière russe et des perspectives de campagne qu'ouvrait la guerre de plume, enfio de la prochaine arrivée de la famille impériale à Strasbourg, puis à Metz.

Je remarquais, en dehors de toute distinction de grade, l'entrain et la fougue brutale de quelques officiers, l'attitude modeste et silencieuse de certains autres. J'attribuai d'abord ces différences à des questions de classe et d'origine. L'antithèse avait pour origine des motifs moins graves et surtout moins relevés. Je m'en aperçus bientôt. On était depuis

une bonne heure à table ; or, la fraternelle camaraderie française n'étant pas de mise en Allemagne, les uns avaient bu de l'eau, le vin n'étant pas compris dans le coût du repas, d'autres, moins serrés, avaient été jusqu'à la demi-bouteille de petit vin de Moselle, de plus fortunés achevaient de vider, dans des verres de Bohême, une longue fiole de vin du Rhin, quelques heureux mortels à grosses torsades s'échauffaient, en tête-à-tête d'un seau à rafraîchir le Champagne. Il n'est pas rare de voir, dans un restaurant, deux officiers de même grade dîner l'un, d'une forte saucisse de Strasbourg arrosée d'une haute chope de bière blanche, l'autre, d'un perdreau truffé et d'une bouteille de Chàteau-Laffitte. Mais quels appétits germains ! L'hôte en levait les bras au ciel.

Un jour, peu de temps après la signature du traité de Francfort, un industriel de la Haute-Alsace, M. S..., qui a pris place dans les rangs du maigre parti alsacien rallié à l'idée allemande, avait invité à l'hôtel les officiers du bataillon qui venait tenir garnison dans la ville qu'il habite. Il avait bien fait les choses. Chaque porte-casque pouvait contempler devant lui un peloton serré de coupes de toutes les tailles. Les domestiques offrirent le premier verre de vin fin. Tous les convives l'absorbèrent avec entrain. Un

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