‹ Le Rhin francaisChapitre 102 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

instant après, nouvelle offre, nouveau vin. Cette fois, nos officiers le refusèrent d'un commun accord. Il en fut de même du troisième cru proposé. Cette fois, M. S..., dont la cave assez renommée avait fourni les vins, n'y comprit plus rien. Son étonnement était d'autant plus vif que ses convives s'attaquaient au vin oïdinaire en gens qui n'ont pas fait vœu de sobriété. Il eut bientôt l'explication de ce mystère. L'usage veut, entre officiers allemands, que dans 'toute réception, le premier vin fin consommé soit à la charge de l'amphitryon, et les autres, à la charge des convives. Nos officiers avaient cru que M. S... leur ferait payer les consommations supplémentaires.

Peu à peu, les officiers alourdis se levaient de table et allumaient, l'un, un cigare de la Havane, Tautre, une mauvaise pipe. Il ne resta bientôt plus dans le salon que quatre ou cinq Prussiens haut gradés, ceux que les conscrits de langue française appellent entre eux les grosses légumes. L'un d'eux, assez excité, demanda au garçon français un cheu pour passer la culotte. Le garçon ahuri courut chercher le patron de l'hôtel. Celui-ci, aidé par la mimique de l'Allemand, réussit à comprendre. On voulait des cartes pour jouer à l'hombre les vins extra.

Après les péripéties ordinaires, le jeu prit fin. Le

19i LE RHIN FRANÇAIS.

gagnant s'écria bientôt en jetant les cartes: « C'est une heureuse quantième pour moi. » Le colonel intervint et protesta avec toute l'autorité que lui donnait son gi^ade : <( Il faut dire cJiour, major. » De là, discussion. Le garçon, un fort en thème, servit d'arbitre.

Il est à remarquer, du reste, que MM. les officiers allemands aiment à parsemer leurs discours de quelques mots en français de cuisine. Ils trouvent cela de bon ton, ramassent leurs citations un peu partout ■et les appliquent à tort et à travers. Au milieu de la plus' effroyable cacophonie tudesque, on entend tout à coup des lambeaux de phrase comme ceux-ci : « Ternier mode tu boulevard; » « Le chourde cloire eU arrivé; » « Si nous monterions a cheval. »

Le lendemain matin, tous ces guerriers partirent dans différentes directions, par une pluie battante, précédés de leurs éternelles fanfares. Metz respira.

Le mauvais temps me forçait à remettre mon ex<:ursion sur les champs de bataille de Rezonville et de Gravelotte, j'en profitai pour parcourir Metz dans tous les sens, rendre visite à d'anciennes connais sances, pénétrer dans les lieux publics.

(^ Comment, demandai-je à un Messin, considùret-on, en Lorraine, le changement gouvernemental et administratif qui va s'accomplir. N'espérez-vous pas

Page 1