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CHAPITRE X. I9o

qu'appelés à la discussion des questions locales et budgétaires, vous pourrez arriver, par la suite, à une indépendance relative vis-à-vis du gouvernement central ?

■ —Ah! me répondit-il, ces choses-là sont bonnes à débattre en Alsace, et puisque vous venez de Strasbourg, vous n'avez pas manqué d'en entendre par 1er, mais ici nous n'avons cure de tout cela. Il n'y a pour les Lorrains aucune différence entre leur situation d'aujourd'hui et celle de demain. Il n'y a rien de commun entre nous et les Allemands. Que voulez-vous que nous fasse la nomination d'un statlhalter ? Être sous la férule d'un Mœller ou d'un Manteuffel, c'est tout un pour nous.

— Mais, il ne faut pas vous abandonner ; il convient, au contraire, de lutter, même à armes inégales. C'est, Uu moins je le crois, l'avis de votre député au Reichstag, M. Bezançon.

— Nous sommes unis à l'Alsace par des liens indissolubles et nous ne tiendrons jamais une autre conduite qu'elle. Beaucoup plus étendue que la Lorraine, plus apte, par la connaissance de la langue allemande, à discuter nos intérêts communs, moins dépeuplée par l'émigration, l'Alsace essaiera de tirer parti de la situation nouvelle ; nous serons avec elle ; c'est une question de discipline, mais "nous n'attendons

rien de cette campagne. Je vous assure qu'en Lorraine on s'occupe fort peu de la nouvelle constitution.

— Ne parle-t-on plus politique en Lorraine?

— Pardon I Beaucoup plus encore qu'en Alsace. Mais nos affaires locales n'ont rien à voir avec la politique. Payer de lourds impôts, subir des vexations sans nombre, voilà notre lot. C'est la loi de la guerre et nous n'y changerons rien. En revanche, il ne se passe pas un fait diplomatique en Europe qui nous laisse indifférents. Nous sentons à toute heure du jour d'où vient le vent. Les vieillards se demandent s'ils vivront assez longtemps pour voir l'heure de la délivrance, et les jeunes gens, s'ils auront encore l'âge de se sacrifier quand viendront les événements. Le landesausschuss , qu'est-ce que cela ? Notre Chambre est au palais Bourbon et non ailleurs. Ce dont nous nous inquiétons le plus, c'est de la stabilité du gouvernement français, de la reconstitution des forces nationales, des chances plus ou moins grandes de relèvement militaire. La Lorraine vous semble morte parce qu'elle ne veut, à aucun prix, s'occuper des choses allemandes, mais elle est vivante et bien vivante en France. Nous allons tous, de temps à autre, nous retremper à votre contact. Voilà l'important. Quant aux incidents de la vie poli-

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