CHAPITRE XI
J'ai consacré deux longues journées à la visite des champs de bataille autour de Metz, dans une excellente voiture, en compagnie d'un habitant de la ville. Nous avons été favorisés par un superbe temps d'automne qui nous permettait d'embrasser de larges morceaux d'horizon et de ne négliger aucun détail.
Les touristes français ou étrangers qui se proposent de parcourir ces immenses ossuaires se bornent d'ordinaire à la tournée qui comprend la ferme de la Folie, Amanvilliers, Sainte-Marie-aux-Chênes, Saint-Privat-la-Montagne. Le théâtre de la lutte désespérée engagée le 18 août et que nous appelons Gravelotte, tandis que les Allemands la dénomment Saint-Privat, est, en effet, plus facile à saisir pour des personnes étrangères aux choses militairt'S, plus mouvementé, plus compréhensible.
C'est une bataille défensive en ce qui concerne l'armée française. Les Allemands sont seuls à manœuvrer. La lutte commence, acharnée, exîraordinairement sanglante; elle se prolonge, et les positions sont victorieusement maintenues. Mais les Allemands, après avoir vainement tenté de culbuter notre aile droite avec la garde que détruit presque entièrement le 6* corps, renouvellent leur attaque avec le 12^ corps saxon et réussissent à déborder notre aile droite, malgré les prodiges d'énergie du maréchal Can-
robert, nous rejetant sur Metz, pendant que la garde impériale, que l'homme néfaste, Bazaine, a refusé de faire donner, est restée massée derrière notre aile gauche, au pied du Saint-Quentin, en communication avec la place.
\ln cicérone intelhgent guide le touriste sur ces positions, et le nombre véritablement effroyable des tumuli, des monuments funèbres, des colonnes, des croix répandues sur les coteaux, comme des fleurs au miheu des prés, suffit pour évoquer le souvenir de cette lutte désespérée dans laquelle plus de 30,000 hommes restèrent sur le carreau et qui décida du sort de Farmée de Metz.
Eh bien ! cette triste excursion ne m'inspire pas les pensées désespérantes qui me viennent en foule à l'esprit, quand je parcours le théâtre beaucoup plus éloigné de la bataille engagée le 16 août à Rezonville ; bataille à grandes manœuvres, dont la mollesse du commandant en chef a fait une bataille indécise, suivie le lendemain d'une retraite volontaire qui a permis à l'Allemand de se dire victorieux. Ne l'était-il pas, en effet, puisqu'il atteignait, du consentement de son adversaire, le but de son entreprise ; puisqu'il marquait ainsi la première et la plus difficile étape de l'investissement de Metz ? Un sourire de la fortune, une bonne inspiration du commandement, une per-