CHAPITRE XI
ception plus nette des vues de l'ennemi pouvaient faire de cette bataille glorieuse quoique indécise une grande et décisive victoire et changer définitivement la face des choses.
C'est là, sur le théâtre de cette lutte, que je me suis fait conduire d'abord. 11 faut parcourir cette route de Verdun, depuis Gravelotte jusqu'à Mars-laïour, en passant par Rezonville et Vionville ; il faut descendre ensuite de Vionville vers Gorze, par les ravins, pour se rendre compte de l'énergie désespérée de la lutte, de la résolution des chefs allemands qui poussaient tout le jour des régiments entiers dans la mort, de l'indomptable courage des soldats français.
Quel cimetière I Partout des croix allemandes sur de longs charniers. Chaque dépression de terrain, chaque position a été marquée par des hécatombes.
C'est entre Rezonville et Vionville qu'on est le mieux placé pour évoquer le souvenir du 16 août 1870, comprendre la bataille, la revoir avec toutes ses péripéties.
Nous avons suivi la route de Verdun, par Manheulles, que le maréchal Bazaine avait résolu de faire parcourir au 2' et au 6*= corps, pendant que les 3*^ et 4* devaient prendre celle de Verdun par Conflansen-Jarnisy. Nous avons traversé Moulins-lis-Metz gravi la côte de Genivaux ; descendu dans la vallée
de la Mance et laissé Gravelotte dernière nous. A Rezonville, nous nous sommes arrêtés. C'est ici que le 2^ et le 6* corps ont campé le 15 août, après être partis trop tard de Metz. On n'avait ainsi parcouru que 17 kilomètres. A cette heure même et pendant que les autorités civiles prévenaient le maréchal Bazaine que des mouvements de troupes considérables avaient lieu sur les rives de laMoselle, l'avantgarde du 3" corps allemand occupait les bois de la Haie-Notre-Dame et de la Côte-Fusée, le 10* corps arrivait à Thiaucourt, sur la route de Pont-à-Mousson à Verdun, par Manheulles.
Camper, le 15 au soir, quelques kilomètres plus loin, à Vionville et à Mars-la-Tour, en faisant garder sur la gauche les ravins de Gorze, c'était le salut pour l'armée française. Mais, en ce temps-là, personne n'était jamais prêt à partir, et, quant à se garder du côté de l'ennemi signalé, on n'y prenait garde. On a laissé l'armée allemande gravir des flancs de précipices si abrupts ; s'engager dans de tels chemins qu'un bataillon de grand-garde y aurait arrêté une division, et, maintenant, elle a pris pied sur le plateau, elle s'y cramponnera pour donner le temps aux renforts d'arriver, et nous nous efforcerons en vain de la précipiter dans les ravins d'où elle est sortie. L'action s'engagera par une surprise.