CHAPITRE XL
Voilà bien les positions. Ici, à Vionville, la cavalerie des généraux Valabrègue et de Fortou, bien à son aise dans les rues du village, les cours des fermes, les maisons, les bouquets de bois, attend des ordres. Elle éclaire Tarmée, mais ne s'éclaire pas elle-même. Pas une vedette sur ces chemins vicinaux qui franchissent pourtant, à courte distance, des ondulations derrière lesquelles l'ennemi nous guette. Et ces bois au loin à gauche, ont-ils été fouillés? Non 1
« Voyez, nous a dit un paysan, après nous avoir montré vingt trous d'obus, maintenant bouchés, dans le mur de son jardin, c'est par là, par le chemin de Tronville que la danse a commencé. Les obus sont arrivés sans qu'on s'en soit méfié. Il y en avait des hommes et des chevaux par terre, avant que les cavaliers aient pu seulement se mettre en selle !
— Vous étiez là ?
— Oui ! mais je n'y suis pas resté longtemps. Ah ! les démons, ils avaient bien machiné leur affaire, allez! La cavalerie ne s'était pas plutôt rabattue sur Rezonville que les uhlans étaient chez nous, et qu'une masse énorme de troupes d'infanterie courait s'installer ici, tenez, en avant du bois, face à Rezonville et au chemin de Saint-Marcel; c'est par là que j'étais parti avec notre charrette pour gagner Vernéville. »
En effet, le 3« corps, commandé par le général
Avensleben, avait exécuté ce mouvement avec un ensemble merveilleux. Le 1" corps français, général Frossard, lui faisait face. Cette ligne de tombes marque le premier combat sérieux de la journée, entre le bois de Vionville et les dépressions en avant de Rezonville, à gauche de la route de Verdun, les Français faisant face à la fois au sud et à l'ouest. De Tautre côté de la route, le ô'' corps s'était déployé à son tour, face au 10*= corps allemand qui avait pro-r longé la gauche des troupes déjà engagées.
Une action terrible commence, si meurtrière qiie le 2* corps et le 6« perdent, entre onze heures et une heure, plus de 8,000 hommes. Le corps Frossard, écrasé, cède pendant que le ô*" et la brigade Lapasset tiennent bon. Comment combler ce vide ? On y jette de la cavalerie, mais les Allemands s'avancent vers Rezonville. Cet effort est marqué là, en avant du village, par ces fumulL Ils n'iront pas plus loin, car les grenadiers de la garde, sous la conduite de Bourbaki, ont relevé le 2* corps et tiennent Rezonville.
Le combat change de face. Cânrobert déborde les Allemands sur leur gauche et gagne du terrain. Ceux ci attendent des renforts, pendant que les deux corps français, Lebœuf d'abord, Ladmii-ault ensuite, engagés sur la route de Conflans, ont accomph leur conversion et, marchant au- canon, àrri\^nt sur le théâtre