‹ Le Rhin francaisChapitre 111 sur 166 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

de Taction. Les Allemands sont maintenant secourus par trois divisions, mais les choses ont changé de face : on reprend Bruville, Saint-Marcel, on rejette rennernisurTronville, son point de départ du matin. C'est en vain que Frédéric-Charles lance sur le corps Ladmirault un torrent de cavalerie, celui-ci tient bon. Sur notre gauche, deux corps allemands, les 7*^ et 8*, qui essayent à leur tour de déboucher du ravin d'Ârs et du bois des Ognons, sont repoussés avec des pertes énormes. Oh 1 cette li&ière du bois, comme elle est semée de tombes I

Les deux armées s'étaient arrêtées épuisées. Quel désordre, la nuit, dans les rangs de Tarmée allemande î II suffit, pour s'en convaincre, de sui\Te la ligne de ses bivouacs. Elle n'avait conquis nulle part la route de Verdun, et, sur certains points avait perdu pied. On se souvient à Gorze, où Frédéric-Charles plaça son quartier général, des anxiétés de l'état-major. A onze heures, le prince n'était pas encore en rapport avec toutes ses divisions. 11 demandait des renforts immédiats, dût-on exiger des troupes des tours de force.

Sur ces plaines que nous venons de parcourir et des deux côtés de la route de Verdun, de Gravelotte à Mars-la-Tour, /40,000 hommes morts ou blessés sont tombés, df^nt 23,000 du côté des Allemands. Ils

ont perdu plus du quart de l'effectif engagé, dans ce combat acharné de dix heures, et sans résultat, puisqu'ils n'ont pas enlevé la route de Verdun à l'armée française. Un grand effort, le 17 août au matin, et nous étions sauvés. Mais il fallait frapper aussi vite que possible ce coup vigoureux. Bazaine s'y refusa.

Nous dûmes enfin nous arracher à ce lamentable spectacle, quitter ces monuments funèbres, ces colonnes élevées à la mémoire de bataillons entiers disparus dans la tourmente, ces pyramides sous lesquelles reposent côte à côte des centaines d'officiers dont les noms sont gravés dans la pierre, ces croix de bois blanc aussi serrées sur certains points que les tombes dans nos cimetières, ces longues tranchées au-dessus desquelles Therbe pousse si drue et si verte.

Revenons à Vionville et prenons le chemin de Gorze. On traverse le long plateau sur lequel l'armée allemande a pris pied le matin du 16 août. C'est ici que l'étonnement s'empare du voyageur. Derrière ce plateau, encore semé de tumuli, il y a le vide, des ravins entre-croisés, aux versants couverts de bois sombres et touffus, des chemins presque impraticables, étroits comme des lits de torrents. Sur le flanc des précipices, un enchevêtrement de futaies impénétrables, de ruisseaux tortueux. \

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