‹ Le Rhin francaisChapitre 121 sur 166 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Cependant, comme on ne crée pas une foule, les figurants devaient forcément être clairsemés et se transporter d'un endroit à l'autre.

J'ai parcouru la ville le matin de l'entrée solennelle. Elle était absolument vide, sauf dans les rues où devait passer l'empereur. Les Strasbourgeois s'entretenaient des injustices commises, des exactions de la police, du sans gêne des officiers déjà arrivés. La question des drapeaux n'était pas la moins vivement débattue. Bon nombre de propriétaires avaient voulu s'opposer à l'élévation de trophées le long de leurs immeubles par des locataires allemands, ou même par des officiers installés chez eux par réquisition. Ils avaient eu le dessous dans cette lutte. De cette façon, d'immenses maisons possédées par des Strasbourgeois patriotes avaient été ornées de drapeaux prussiens partant d'une fenêtre quelconque /le leur quatrième étage, et assez longs pour venir balayer le sol. Je citerai comme exemple un immeuble, appartenant aux parents de M. Stern, le célèbre graveur du passage des Panoramas. Il n'en fallut pas plus pour faire désigner par un reporter français, cette honorable famille comme absolument inféodée aux Allemands.

Les établissements publics avaient été menacés de fermeture immédiate, s'ils n'arboraient des dra-

peaux. Beaucoup d'entre eux ont refusé, etTadrainistration n'a pas osé sévir. D'autres s'en sont tirés en arborant les pavillons d'Alsace-Lorraine rouge et blanc. Ceux-ci étaient aussi nombreux que les drapeaux prussiens étaient rares.

On avait également trouvé moyen de mécontenter la ville par la façon dont on avait imposé les logements militaires. Chaque officier supérieur s'était fait délivrer, par l'administration municipale, un logement complet avec salon. Les Strasbourgeois, qui reculaient devant la corvée] d'héberger sous leur toit ces traîneurs de sabre, avaient loué, pour eux, selon l'usage, des appartements garnis, croyant satisfaire ainsi à l'obligation qui leur était imposée, mais l'administration les avait informés immédiatement que les logements devaient être effectifs, ayant été choisis dans les quartiers à la convenance des états-majors. Le directeur du crédit foncier alsacien-lorrain, fonctionnaire à la nomination de la chancererie, pourtant, avait reçu le 17 au matin, la visite d'un officier subalterne, qui s'était fait ouvrir la porte de son appartement privé et avait jeté son dévolu sur le salon et la chambre à coucher de la maîtresse de la maison.

Cependant, deux heures avaient sonné; de tous les palais officiels, de tous les hôtels occupés par

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