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CHAPITRE XIII

Une grande ville qui veut rester froide. — Les illuminations de la cathédrale. — La retraite aux flambeaux. — Une étrang-e représentation de gala. — Le Luxfioff. — Dispositions prisf^ pour la revue. — Arrivée des troupes à Kœnigshoffen. — Le champ de manœuvres. — Ordre de bataille. — L'empereur passant la revue. — Le défilé de l'infanterie. — Incident des bottes perdues. — La cavalerie. — Un caisson renversé. — La phalange macédonienne. — Une petite guerre contre un corps français. — Critique de l'opération.

Rien n'est plus difficile que d'échauff'er une grande ville qui veut rester froide. On s'en aperçut pendant la soirée. Cette bande de comparses perdus dans Strasbourg ou assiégeant les brasseries disparaissait dans l'ensemble comme une nuée de gamins au sortir de l'école. Je n'ai jamais vu de population plus calme et plus indifférente que la masse des Strasbourgeois. Tout au plus remarquait-on, à l'extrémité du Broglie et sur la place Gutenberg, quelques' groupes de curieux, jaloux de contempler l'illumination de la cathédrale. C'est de temps immémorial un spectacle recherché. Rien, en effet, de plus

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saisissant. Quand on allume les feux de Bengale à l'intérieur de la haute tour découpée à jour, c'est un incendie dans l'espace, un embrasement général au milieu duquel se détachent les dentelures de la pierre, les statuettes grimaçantes, les escaliers en vis, les gargouilles. On aperçoit de plusieurs lieues à la ronde ces jeux de lumière d'un caractère si fantastique. La plate-forme et la base du monument restent dans l'ombre.

Six cents musiciens, escortés de porte-torches, étaient partis de la porte des Juifs et avaient défilé, pour se rendre au palais, par des rues à peu près désertes. Les roulements tonitruants de tous les tambours de la garnison succédaient aux accords trop éclatants de ce concert monstre. En passant devant les fenêtres de l'empereur, la bourrasque devint ouragan. Les choristes émus poussaient des cris d'enthousiasme, les musiciens souillaient avec fureur dans leurs instruments, Guillaume salua d'un geste et quitta le balcon.

Je m'étais réservé une place pour la représentation de gala. Rien ne m'avait été plus facile. On ne faisait pas queue au théâtre. Je n'oublierai jamais cette soirée, car de ma vie je n'ai vu une aussi singulière solennité. Les princes et les princesses en tenue de fête officielle, les hauts dignitaires avec grands cor-

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