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CHAPITRE XIII

avant de cette ligne. La brigade MuUer, qui allait défiler la première, le régiment prussien n° ko en tête, n'avait qu'à passer de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne et à converser pour prendre sa direction. La piste de défilé était, en effet, perpendiculaire à l'extrême droite de la ligne de bataille. Parties de ce point, les troupes devaient parcourir environ huit cent mètres en ligne droite, avant de tourner à gauche pour aller prendre au loin leur formation de second défilé.

Les régiments se mirent en marche, dans l'ordre indiqué. Les musiques, les tambours et les fifres faisaient face à l'empereur et n'étaient relevés que par divisions.

C'est un spectacle des plus curieux qu'un défilé allemand. Les tambours majors arrivent en steppant, marquant d'un mouvement de canne automatique la cadence qui restera la même jusqu'à la fin du défilé. Les hommes marchent un pas de parade de 65 centimètres de longueur et de 100 à la minute et frappent la terre de leurs talons avec une régularité d'horloge.

Le régiment n° 45 de la province royale de Prusse tenait la tête. Les douze compagnies défilèrent assez bien alignées, mais un certain désordre se mit dans les rangs du 60^ Poméranien , désordre dont on ignorait la cause et qui ne fit que s'aggraver quand

Toi LE RHIN FRANÇAIS.

vint le tour du 92«du duché de Brunswick. Les compagnies se creusaient démesurément au centre. Un léger murmure s'élevait dans les tribunes, murmure d'étonnement. Le défilé d'infanterie en colonne était décidément très médiocre et bien au-dessous d'un défilé français.

Tout à coup un rire bruyant, ce rire qui ne s'étouffe plus une fois lancé, un fou rire, un rire homérique, part du fond des tribunes, gagne la foule et s'élève de toutes parts, autour du vaste hippodrome, strident et goguenard. Le terrain déjà difficile s'est encore amolli sous le piétinement des premiers bataillons, et, quand la 60« brigade passe à son tour devant l'empereur, quelques soldats commencent à perdre leurs bottes, dont les talons sont restés enfoncés dans la glaise. Des hommes, forcés de quitter les rangs, s'assoient à terre, dans la boue, dérangeant ainsi le défilé. Ils essaient de remettre leurs chaussures sous les yeux d'un état-major ahuri. D'autres soldats n'osent s'arrêter et, abandonnant ces dépouilles opimes, défilent, à leur place, pieds nus, clopin-clopant. Et la foule alsacienne trépignait d'aise pendant que les Allemands des tribunes, très déconfits, s'en prenaient au destin. Pour un rien, ils eussent accusé les Stras* bourgeois d'avoir fait arroser, de bon matin, le

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