CHAPITRE XIII. '2oo
champ de manœuvres. Une corvée se mit à ramasser les bottes éparses. On les plaça en tas non loin des tribunes. Pour comble de maux, un régiment, en manœuvrant avant la revue, avait barboté dans une mare. Les superbes pantalons blancs s'étaient changés en bottes d'égoutiers. On entendait le flicflac de la boue entre les cuisses des pauvres fantassins.
La foule ne reprit son sang froid qu'à la vue de la cavalerie. Celle-ci défila très bien, par demi-escadrons, les deux rangs emboîtés, l'alignement splendide. Les trente-sept escadrons présents formaient une superbe division. On admirait surtout les uhlans et certains régiments de dragons. Quant à l'artillerie, formée par batteries de quatre pièces, je n'ai jamais rien vu d'aussi médiocre. Les alignements étaient mauvais, un caisson fut renversé à cent mètres de l'empereur. Il n'y a aucune comparaison possible avec notre artillerie.
11 était une heure. L'empereur, depuis deux heures à cheval, ne s'était pas lassé. On préparait le second défilé. L'infanterie se forma par régiments en masse, deux compagnies accolées de front. Je ne connais rien de plus émouvant que ce spectacle. On dirait des phalanges macédoniennes hérissées de piques. Les officiers supérieurs et montés, réunis en pelo-
•Jo6 LE RHIN FRANÇAIS.
Ion, eii tête du régiment, défilent les premiers et se dispersent après le salut à l'empereur. Les trois drapeaux sont portés à deux pas en avant de la première ligne. La cavalerie, pour cette seconde parade, avait pris la formation en colonne serrée d'escadrons, et l'artillerie défilait par huit pièces.
Somme toute, la revue du 19 septembre m'a fourni l'occasion d'admirer, sans aucune réserve, l'art avec lequel l'état-major économise aux troupes les fatigues inutiles, le parfait état dans lequel se trouvent les corps des trois armes, sous le rapport de riiabillement et de l'équipement, la belle allure de la cavalerie. D'autre part, les défilés de l'infanterie et de l'artillerie ont été notablement inférieurs aux défilés français, en terrain semblable. On remarquera, cependant, que les alignements sont plus faciles à garder chez les Allemands que chez nous, par suite de la latitude laissée aux chefs des unités tactiques de ne pas se préoccuper des distances réglementaires. La colonne de défilé allemande est mise en marche à intervalles égaux. Peu k peu les distances s'augmentent ou se raccourcissent, et l'on voit des compagnies défiler les unes derrière les autres, comme si elles étaient en colonne serrée, ou garder des demi-intervalles, ou se permettre l'intervalle complet. Un défilé est ainsi